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Généraliste

Les ébranlés

Le Devoir · mis à jour il y a 24 j

Une société qui recule..

Cérémonies discrètes

Chaque année, à Montréal et Québec, des cérémonies silencieuses sont organisées pour honorer des centaines de personnes décédées dont les dépouilles n’ont jamais été réclamées. Ces hommages soulèvent une question fondamentale : que devient une vie lorsque personne ne s’intéresse même à son corps après la mort ? L’article évoque une cérémonie récente près de l’UQAM, dans la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, un bâtiment historique construit à une époque où la religion était perçue comme la réponse à tous les problèmes. Au sous-sol de cette chapelle, des personnes défavorisées du quartier priaient autrefois devant une reproduction en plâtre et papier mâché de la grotte de Lourdes, espérant une amélioration de leur condition. Cette pratique, jugée aujourd’hui décalée, reflète une époque révolue où les solutions aux difficultés de la vie étaient principalement spirituelles.

Enfer et paradis

L’article établit un contraste entre la perception de l’enfer par les croyants et celle du paradis par les riches. Pour les personnes en situation de précarité, l’enfer n’est pas seulement une croyance religieuse, mais une réalité quotidienne marquée par des difficultés à se loger, se nourrir, se soigner ou gagner suffisamment pour échapper à la fatalité. À l’inverse, les plus aisés cherchent à prolonger leur vie dans le luxe et l’éternité, symbolisés par des yachts, des villas ou des projets comme la colonisation de Mars. Cette opposition illustre une inégalité persistante dans l’accès aux conditions de vie dignes. L’auteur souligne que les riches aspirent à échapper aux limites imposées aux autres, comme le vieillissement ou la mort, tandis que les plus pauvres subissent ces contraintes sans échappatoire.

Misère visible

La précarité s’affiche désormais de manière visible dans les grandes villes québécoises. L’article mentionne une femme vivant dans sa voiture près de chez l’auteur, ainsi qu’un campement d’itinérants installé devant le nouvel édifice de Radio-Canada, entre deux conifères. Ces situations, autrefois exceptionnelles, se multiplient dans les parcs, les terrains vagues et même les lieux emblématiques comme la place du Canada à Montréal. Ces campements, souvent composés de tentes et de structures précaires, évoquent le retour des bidonvilles au cœur des villes. L’auteur note que ces installations durables de la misère rappellent les crises économiques des années 1930, où des colonnes de personnes défavorisées arpentaient les villes et les campagnes.

Chiffres alarmants

Une étude menée par une équipe de l’Université de Sherbrooke entre 2020 et 2024 révèle une augmentation alarmante de la mortalité chez les femmes en situation d’itinérance au Québec. Le taux de mortalité aurait bondi de plus de 200 % sur cette période, un chiffre qui souligne l’urgence de la situation. L’article évoque également le cas d’un bébé retrouvé dans un campement d’itinérants, un exemple parmi d’autres des conséquences dramatiques de la pauvreté. Ces données montrent que la précarité touche de manière disproportionnée certaines populations, notamment les femmes, et que les services publics peinent à répondre à ces besoins croissants.

Pauvreté et commerce

La rue Notre-Dame à Montréal illustre l’écart criant entre la prospérité économique et la misère. Cette artère longe un port prospère où transitent des millions de tonnes de marchandises chaque année. Pourtant, plus de 200 tentes y sont disséminées, entre la raffinerie de sucre Lantic et les abords du pont Jacques-Cartier, où se trouvent les manèges de La Ronde. Cette juxtaposition de richesse et de pauvreté met en lumière les inégalités structurelles de la société. L’auteur souligne que ces campements précaires ne sont plus temporaires, mais s’installent durablement, transformant les villes en lieux de concentration de la misère.

Histoire et recul

L’article rappelle que l’histoire des sociétés n’est pas linéaire et que les avancées sociales ne sont pas acquises une fois pour toutes. Les périodes de recul, comme la crise économique des années 1930, montrent que les conditions de vie peuvent se dégrader rapidement. Les services publics, les droits sociaux et la solidarité collective sont des acquis fragiles qui nécessitent un engagement constant. L’auteur critique l’idée selon laquelle le progrès serait inévitable et souligne que les reculs surviennent lorsque les politiques publiques sont affaiblies, comme le suggère la réduction des impôts et des services de l’État.

Solutions illusoires

L’article dénonce les discours politiques qui proposent des solutions simplistes pour résoudre la crise sociale, comme baisser les impôts, réduire le nombre d’employés de l’État ou affaiblir les services publics. Ces mesures, selon l’auteur, aggravent les inégalités et la précarité. Au lieu de pointer des boucs émissaires comme les syndicats, les immigrants ou les personnes défavorisées, l’article invite à réfléchir sur les causes profondes de la misère. Il suggère que la solution réside dans le renforcement de la solidarité collective plutôt que dans des politiques qui creusent les écarts entre les plus riches et les plus pauvres.

Ce que ça pourrait changer

L’auteur utilise une métaphore tirée de *L’Enfer* de Dante pour illustrer les conséquences des politiques actuelles. Dans ce récit, lorsque le poète brise une branche, le tronc saigne et crie sa douleur. De la même manière, affaiblir les services publics et les protections sociales fait souffrir l’ensemble de la société, même si ces effets ne sont pas toujours visibles immédiatement. L’article souligne que la fierté nationale ou économique ne suffit pas à résoudre les problèmes de précarité. Il appelle à une prise de conscience collective pour éviter que la société ne continue à se fragiliser, au risque de voir émerger des formes de misère durables et visibles.

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