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Environnement

Comment raconter des histoires à l’heure des catastrophes ?

Terrestres · mis à jour il y a 15 j

À l’instar d’Anna Tsing ou Donna Haraway, des chercheur·ses du champ des humanités environnementales appellent à s’attacher aux “histoires vraies” pour décrire l’Anthropocène et ses ravages. Objectif : contrer la sidération et imaginer une (autre) suite au monde.

Nouveaux récits écologiques

Depuis les années 2010, des autrices comme Anna Tsing, Deborah Bird Rose, Libby Robin et Donna Haraway explorent de nouvelles façons de raconter les crises écologiques. Leurs travaux, publiés entre 2017 et 2020, proposent des histoires vraies (true stories) comme alternative aux récits traditionnels. Ces histoires ne se limitent pas à des faits scientifiques ou à des fictions, mais cherchent à rendre compte de la complexité des relations entre humains et non-humains. Elles s’inscrivent dans une réflexion sur l’anthropocène, une ère géologique marquée par l’impact humain sur la planète. L’objectif est de dépasser la division moderne entre science et narration, souvent réduite à une opposition entre vérité et fabulation. Ces travaux s’appuient sur des enquêtes de terrain et une pensée spéculative pour proposer des cadres narratifs plus inclusifs et connectés.

L’écueil colonial

Rose et Robin, dans Vers des humanités écologiques (2019), alertent sur un risque : celui de reproduire une erreur épistémologique coloniale en imaginant que les sociétés occidentales doivent inventer de nouvelles histoires pour répondre aux crises écologiques. Elles soulignent que le monde possède déjà des histoires vraies, des récits ancrés dans des savoirs locaux et autochtones qui décrivent des relations plus harmonieuses avec la biosphère. Leur mise en garde vise à éviter de marginaliser ces savoirs au profit de narrations créées de toutes pièces par des experts occidentaux. L’enjeu est de relayer plutôt que d’inventer, en apprenant à écouter et à amplifier les récits existants. Cette approche s’inscrit dans une critique de la modernité et de son rapport extractiviste à la nature.

Fin des divisions traditionnelles

Anna Tsing, dans Le Champignon de la fin du monde (2017), propose une rupture avec la division traditionnelle entre science et narration. Elle montre comment cette séparation, héritée des Lumières, a relégué les récits non scientifiques (comme les mythes ou les contes) à un rôle secondaire. Tsing plaide pour des histoires vraies qui ne soient ni purement scientifiques ni purement fabuleuses, mais qui intègrent des éléments de vérité et de spéculation. Elle cite l’exemple des champignons matsutake, dont la survie dépend de relations complexes avec d’autres espèces, pour illustrer comment ces histoires peuvent rendre compte de la vitalité dans un monde en crise. Son approche vise à restaurer une puissance narrative aux récits, en les sortant de leur marginalité.

Science et fabulation unies

Donna Haraway, dans Vivre avec le trouble (2020), défend une méthode qu’elle nomme SF (pour Speculative Fabulation ou Science Fiction). Elle y intègre la science, la fabulation et le féminisme comme outils complémentaires pour raconter des histoires vraies. Haraway utilise cette méthode pour explorer des situations complexes, comme les relations entre espèces dans l’anthropocène. Son approche repose sur l’idée que les faits scientifiques et les récits spéculatifs doivent s’enrichir mutuellement. Elle propose de suivre des

Vérité des histoires vraies

La notion d’histoires vraies ne renvoie pas à une vérité absolue ou à des faits vérifiables, mais à une forme de vérité ancrée dans l’expérience et les relations. Rose, Tsing et Haraway rejettent l’idée que ces histoires seraient

Ce que ça pourrait changer

Les autrices citées proposent des outils pour raconter ces *histoires vraies*, comme la méthode *SF* de Haraway ou l’alliance entre sciences naturelles et sciences sociales défendue par Rose et Robin. Ces outils visent à dépasser les cadres narratifs traditionnels, souvent linéaires ou progressistes, pour adopter des formes plus ouvertes et connectées. Par exemple, Tsing utilise des tableaux contrastés pour montrer comment les récits peuvent révéler des dynamiques complexes. Ces approches s’appuient sur des collaborations entre disciplines et entre savoirs locaux et scientifiques. Leur objectif est de créer des récits capables de rendre compte de la densité des relations dans un monde en crise, sans tomber dans les pièges des grands récits ou des solutions simplistes.

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