Épidémies et société 4/5 : Syphilis, mon venin, ma sœur...
La syphilis est une maladie qui semble appartenir au 19e siècle. Baudelaire et Maupassant en sont morts, Zola l'a minutieusement décrit dans son roman "Nana", dont le personnage éponyme en est victime.
La syphilis est souvent associée au XIXe siècle, notamment parce que des écrivains comme Charles Baudelaire, Guy de Maupassant et Émile Zola en ont été victimes ou l'ont décrite. Pourtant, cette maladie infectieuse existe depuis le Moyen Âge. Dans le roman Nana d'Émile Zola, le personnage principal meurt de la syphilis, illustrant ainsi son impact sur la société de l'époque. La syphilis, également appelée vérole ou grande vérole, est une infection sexuellement transmissible causée par une bactérie. Elle se manifeste par des symptômes variés, allant de lésions cutanées à des atteintes neurologiques graves si elle n'est pas traitée. Son nom change selon les pays et les époques, reflétant parfois des préjugés ou des origines géographiques supposées.
L'origine de la syphilis fait encore débat parmi les historiens et les scientifiques. Une théorie largement répandue suggère que la maladie aurait été rapportée en Europe par des marins espagnols de l'équipage de Christophe Colomb après leur retour des Amériques en 1494. Cette année-là, une épidémie de syphilis s'est déclarée à Naples, en Italie, donnant naissance à l'appellation mal de Naples. D'autres noms ont été utilisés pour désigner cette maladie, comme mal français ou grande vérole, reflétant des perceptions culturelles ou des biais nationaux. Ces variations de terminologie montrent comment les sociétés ont tenté de donner un sens à cette maladie, parfois en la associant à un ennemi étranger ou à une punition divine.
Patrick Wald Lasowski, professeur de littérature et chercheur, retrace dans cette émission la généalogie de la syphilis, c'est-à-dire l'évolution des représentations et des imaginaires qui l'ont entourée à travers les siècles. La syphilis a été perçue tantôt comme une punition morale, tantôt comme une maladie honteuse à cacher, ou encore comme un fléau social à combattre. Ces perceptions ont influencé les réponses des sociétés face à l'épidémie, allant du déni à la recherche de solutions médicales ou sociales. L'émission Épidémies et société, produite par Francesca Isidori pour France Culture, explore comment les sociétés ont réagi face à ce mal, en mettant en lumière les tensions entre science, morale et politique.
La syphilis a marqué la littérature française, notamment au XIXe siècle, où elle est devenue un symbole de la déchéance et de la décadence. Dans le roman Nana d'Émile Zola, le personnage principal, une courtisane, meurt de la syphilis, illustrant ainsi le lien entre maladie, sexualité et moralité dans la société bourgeoise de l'époque. Baudelaire et Maupassant, deux figures majeures de la littérature française, ont également succombé à cette maladie, renforçant son image de mal incurable et honteux. Ces œuvres littéraires reflètent les peurs et les préjugés de leur temps, tout en montrant comment la syphilis a été utilisée comme métaphore des excès et des dangers de la société moderne.
L'émission *Épidémies et société* est diffusée dans le cadre des *Nuits de France Culture*, un programme qui propose des archives sonores sélectionnées et éditées pour offrir un voyage à travers la connaissance et les savoirs. Cette série, intitulée *Syphilis, mon venin, ma sœur...*, est le quatrième volet d'une exploration des épidémies et de leur impact sur les sociétés. Réalisée par Clotilde Pivin et produite par Francesca Isidori, l'émission s'appuie sur des archives de Radio France et de l'Ina pour retracer l'histoire de la syphilis et de ses représentations. Ces archives permettent d'entendre des voix et des analyses d'experts, offrant ainsi une immersion dans le passé pour mieux comprendre les enjeux contemporains des maladies infectieuses.

