Épidémies et société 4/5 : Syphilis, mon venin, ma sœur...
La syphilis, souvent associée à une maladie du XIXe siècle par la littérature, a pourtant une histoire bien plus ancienne et complexe. Entre stigmatisation, déni et fascination littéraire, cette épidémie révèle comment les sociétés projettent leurs peurs et leurs fantasmes sur les maux qui les frappent. En explorant sa généalogie, ce volet des Nuits de France Culture interroge moins la maladie elle-même que les imaginaires qu’elle a suscités à travers les siècles.
Pourquoi la syphilis a-t-elle été associée à des surnoms aussi variés que mal français, grande vérole ou mal de Naples ?
Ces appellations reflètent des récits historiques et des projections culturelles liées à l’origine supposée de la maladie. Le mal de Naples, par exemple, renvoie à une épidémie survenue dans cette ville en 1494, attribuée à des marins espagnols de l’équipage de Christophe Colomb. Ces dénominations, souvent teintées de xénophobie ou de culpabilisation, illustrent la manière dont les sociétés cherchent à externaliser la responsabilité des épidémies en désignant des boucs émissaires géographiques ou ethniques.
Comment la littérature du XIXe siècle, comme Nana de Zola, a-t-elle contribué à façonner la perception de la syphilis ?
Zola, dans Nana, transforme la syphilis en métaphore sociale et morale, liant la maladie à la décadence, à la prostitution et à la chute des élites. Cette représentation littéraire a ancré l’idée que la syphilis était une punition divine ou une conséquence de la débauche, renforçant les stéréotypes plutôt qu’en éclairant les mécanismes réels de transmission. Ainsi, l’œuvre de Zola, comme celles de Baudelaire ou Maupassant, a contribué à une mythologie de la syphilis bien plus qu’à une compréhension médicale.
Quels enseignements peut-on tirer de la persistance de la syphilis à travers les siècles, malgré les avancées médicales ?
La syphilis, présente depuis le Moyen Âge, montre que les épidémies ne disparaissent pas avec le temps, mais évoluent dans leur perception et leur gestion. Son histoire révèle aussi comment les sociétés oscillent entre déni, stigmatisation et fascination, parfois au détriment d’une approche rationnelle. Enfin, elle rappelle que les maladies infectieuses ne sont pas seulement des phénomènes biologiques, mais des constructions culturelles et sociales qui reflètent les angoisses de chaque époque.
Ce que ça pourrait changer
Cette plongée dans l’imaginaire de la syphilis invite à interroger les mécanismes par lesquels les sociétés transforment les épidémies en récits, souvent plus révélateurs de leurs peurs que de la réalité médicale. Elle souligne aussi l’importance de distinguer, dans le traitement des maladies, entre la science et les mythes qui l’entourent, pour éviter que ces derniers ne deviennent des obstacles à la prévention ou à la prise en charge des patients.

