L’administration Trump a-t-elle recours à des corsaires au large de l’Amérique latine ?
L’administration américaine pourrait avoir autorisé l’émission de lettres de marque afin de permettre à des mercenaires de détruire des embarcations. L’article L’administration Trump a-t-elle recours à des corsaires au large de l’Amérique latine ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Fin janvier 2026, un navire de pêche équatorien, le Fiorella, a disparu dans l’océan Pacifique à plusieurs centaines de kilomètres des côtes. Sur les dix membres d’équipage, huit sont toujours portés disparus. Selon les deux survivants, une colonne de fumée a été observée avant la perte de contact. Cette disparition s’inscrit dans le cadre de l’opération Lance du Sud, lancée en septembre 2025 par les États-Unis pour lutter contre le trafic de drogue entre l’Amérique du Sud et les États-Unis. Cette opération couvre une zone immense, des Caraïbes jusqu’au Pacifique, soit plusieurs millions de kilomètres carrés.
L’opération Lance du Sud mobilise environ 15 000 hommes, ainsi que des groupes aéronavals, des bombardiers et des navires d’assaut amphibies. Selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), son coût quotidien s’élève à 31 millions de dollars, dont 2,8 millions non budgétisés. Depuis son lancement, au moins 66 frappes ont été menées contre des navires suspects, entraînant la mort d’au moins 221 personnes. Ces chiffres illustrent l’ampleur des moyens déployés dans cette zone géographique stratégique.
Les témoignages des survivants évoquent des individus parlant anglais avec un accent américain, opérant depuis des navires non identifiés arborant des écussons américains. Leurs uniformes ne portaient aucun signe distinctif permettant de les rattacher à une unité militaire précise. Un avion ayant survolé le Fiorella avant l’attaque a décollé du Salvador et était immatriculé au nom d’une entreprise basée en Virginie, ce qui suggère une tentative de dissimulation de son origine réelle.
L’hypothèse du recours à des corsaires par l’administration Trump repose sur plusieurs indices. Les corsaires étaient des marins autorisés par un État à attaquer et piller des navires ennemis en temps de guerre, en échange d’une part du butin. Dans ce contexte, des lettres de marque permettraient à des citoyens ou mercenaires d’agir au nom des États-Unis contre des cibles liées aux cartels. En décembre 2025, le sénateur républicain Mike Lee a proposé une loi autorisant Trump à délivrer ces lettres pour traquer les cartels, bien que le texte n’ait jamais été voté.
Blackwater, une société de mercenaires fondée par Erik Prince, est un acteur clé dans cette affaire. En mars 2025, Blackwater a signé un partenariat stratégique avec le gouvernement équatorien, dirigé par Daniel Noboa, un allié proche de Trump. Prince s’est également rendu au Salvador en 2024 pour rencontrer le président Nayib Bukele, un autre proche de l’administration américaine. Blackwater a déjà opéré en Irak et en Afghanistan et a bénéficié d’une grâce présidentielle en 2020 pour des mercenaires impliqués dans un massacre.
L’Amérique latine est un enjeu géopolitique majeur pour les États-Unis, notamment en raison du trafic de drogue. Les présidents équatorien et salvadorien, Daniel Noboa et Nayib Bukele, sont des alliés proches de Trump. Cette proximité facilite la mise en œuvre d’opérations controversées, comme celle de *Lance du Sud*. Les cartels, souvent comparés à des *corsaires* modernes, sont ciblés par ces actions, mais les méthodes employées soulèvent des questions sur le respect du droit international et des droits humains.

