L’administration Trump a-t-elle recours à des corsaires au large de l’Amérique latine ?
L’administration Trump serait-elle en train de réactiver une pratique historique, celle des corsaires, pour contourner les contraintes légales et militaires dans sa lutte contre les cartels en Amérique latine ? Entre mercenaires, drones anonymes et lettres de marque, cette stratégie interroge sur la privatisation de la violence d’État et ses risques géopolitiques, alors que les opérations « Lance du Sud » laissent planer des zones d’ombre sur les responsabilités et les victimes civiles.
Quelles preuves étayent l’hypothèse d’une utilisation de corsaires par l’administration Trump ?
Plusieurs indices convergents suggèrent cette pratique : des attaques contre des navires de pêche équatoriens attribuées à des individus parlant anglais avec un accent américain, opérant depuis des drones lancés par des navires non identifiés arborant des écussons américains, mais sans insignes militaires reconnaissables. Les communications entre pilotes et contrôleurs aériens, ainsi que l’immatriculation d’un avion utilisé dans ces opérations auprès d’une entreprise domiciliée en Virginie, renforcent l’hypothèse d’une externalisation déguisée de la force armée.
Qui sont les acteurs clés de cette stratégie et quels liens entretiennent-ils avec l’administration américaine ?
Blackwater, société de mercenaires fondée par Erik Prince, proche de l’administration Trump, a signé en 2025 une alliance stratégique avec l’Équateur, pays allié de Trump, pour lutter contre le crime organisé. Prince a également noué des contacts avec le Salvador et Haïti, où des contrats ont été conclus en 2025. Par ailleurs, le sénateur républicain Mike Lee a proposé en décembre 2025 une loi visant à autoriser Trump à délivrer des lettres de marque pour traquer les cartels, s’appuyant sur un argumentaire invoquant une modernisation des corsaires face à des ennemis non étatiques.
Pourquoi cette opération « Lance du Sud » suscite-t-elle autant de controverses ?
Avec un coût estimé à 31 millions de dollars par jour et au moins 221 morts depuis son lancement en septembre 2025, cette opération soulève des questions sur son efficacité et ses méthodes. Les attaques contre des navires civils, comme le Fiorella équatorien, dont huit membres d’équipage sont portés disparus, ainsi que l’absence de transparence sur les opérateurs et les cibles, alimentent les critiques des ONG et des médias, qui dénoncent des violations du droit international et des risques de dérive vers une guerre privée.
Quel cadre juridique pourrait encadrer ou légitimer ces pratiques, et quels obstacles persistent ?
La Constitution américaine autorise théoriquement le Congrès à délivrer des lettres de marque, mais aucune loi n’a encore été adoptée malgré des propositions en ce sens. Le Pentagone refuse de confirmer ou d’infirmer l’utilisation de ces documents, tandis que les lettres de marque envisagées viseraient à cibler des cartels ou leurs complices, une catégorie floue qui pourrait ouvrir la porte à des abus. La proposition de Mike Lee, bien que portée par des alliés politiques de Trump, reste bloquée à ce stade.
Ce que ça pourrait changer
Si ces pratiques étaient avérées, elles marqueraient un tournant dans la privatisation des conflits, brouillant les frontières entre action militaire officielle et mercenariat. Elles pourraient aussi fragiliser les alliances régionales en Amérique latine, où des pays comme l’Équateur ou Haïti, déjà fragilisés par des crises internes, risquent de devenir des terrains d’expérimentation pour des stratégies contestées. Enfin, cette externalisation de la violence d’État interroge sur la responsabilité des États-Unis en cas de violations du droit international, notamment face aux victimes civiles.

