Un logement convenable, un droit encore hors de portée pour plus de 3 milliards de personnes
Avoir un toit ne suffit pas pour vivre dignement. Réunis lundi à Mascate, en Oman, pour la Journée mondiale de l'habitat, des représentants de gouvernements, de la société civile et du monde universitaire ont appelé à agir face à une crise du logement qui touche près de 3,4 milliards de personnes..
Le logement convenable est reconnu comme un droit humain fondamental par les Nations Unies, au même titre que l’accès à l’eau ou à la nourriture. Selon Anacláudia Rossbach, directrice exécutive d’ONU-Habitat (le Programme des Nations Unies pour les établissements humains), il constitue le fondement d’une vie digne et de villes durables. Ce droit implique que chaque personne puisse accéder à un logement répondant à des critères précis, comme la sécurité juridique, l’accès aux services essentiels (eau, électricité) et une localisation permettant d’accéder aux emplois et aux écoles. Pourtant, plus de 3 milliards de personnes dans le monde en sont encore privées, selon le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui souligne que ce droit est universel et inaliénable.
Parmi les 3 milliards de personnes sans logement convenable, plus d’1 milliard vivent dans des bidonvilles ou des quartiers informels, souvent dans des conditions précaires. Ces zones, comme le bidonville de Mathare à Nairobi (Kenya), concentrent parfois 500 000 habitants sur 5 kilomètres carrés, sans accès à des infrastructures de base. D’autres sont sans abri ou ont été déplacés par des conflits, des catastrophes naturelles ou les effets du changement climatique. Ces situations exposent les familles à des risques sanitaires, à l’insécurité et à la pauvreté, comme l’a souligné Nga Kor Ming, président de l’Assemblée d’ONU-Habitat et ministre malaisien du logement. Il décrit ces logements comme un piège qui perpétue la pauvreté.
Un logement convenable ne se limite pas à un toit et quatre murs. Selon les Nations Unies, il doit répondre à sept critères définis dans le cadre des droits humains : la disponibilité des services (eau, électricité), l’habitabilité (sécurité, protection contre les intempéries), le coût (abordabilité par rapport aux revenus), l’emplacement (proximité des emplois et des transports), la sécurité juridique (protection contre les expulsions arbitraires), l’accessibilité (pour les personnes handicapées) et la culture (respect des traditions locales). Par exemple, un logement peut être abordable mais situé trop loin des centres-villes, rendant les trajets quotidiens coûteux en temps et en argent. À l’inverse, un logement central peut être trop cher pour les ménages modestes.
Les logements précaires ou informels ont des conséquences graves sur les individus et les sociétés. Ils aggravent les inégalités, limitent l’accès à l’éducation et aux soins, et réduisent les opportunités économiques. Les enfants y sont particulièrement vulnérables, souffrant de maladies évitables en raison du manque d’hygiène ou d’eau potable. Les catastrophes naturelles, comme les inondations ou les glissements de terrain, menacent davantage ces populations, souvent installées dans des zones à risque. Selon António Guterres, investir dans des logements décents permet de réduire la pauvreté, de renforcer la résilience climatique et de favoriser des sociétés plus pacifiques et inclusives. Ces logements jouent aussi un rôle clé dans la lutte contre les inégalités sociales et territoriales.
Pour répondre à cette crise, ONU-Habitat et l’ONU appellent à une transformation systémique plutôt qu’à des solutions ponctuelles. Cela implique une coopération renforcée entre les pouvoirs publics, le secteur privé et la société civile. Les gouvernements doivent coordonner leurs actions, utiliser des données fiables pour cibler les besoins, et investir dans des programmes de logement social. António Guterres souligne aussi la nécessité de réformer l’architecture financière internationale pour mobiliser des financements suffisants, prévisibles et abordables pour les pays en développement. Par exemple, des initiatives comme l’urbanisme social à Medellín (Colombie) ont permis de transformer des quartiers défavorisés en intégrant des espaces publics et des infrastructures durables.
Chaque année, le premier lundi d’octobre est marqué par la **Journée mondiale de l’habitat**, organisée par l’ONU. En 2026, cette journée a pour thème *« Un logement convenable pour tous »* et lance l’**Octobre urbain**, une campagne d’un mois d’ONU-Habitat pour promouvoir le logement et le développement urbain durable. Elle se termine le **31 octobre** avec la **Journée mondiale des villes**, qui met en lumière l’importance des politiques urbaines inclusives. Ces événements visent à sensibiliser l’opinion publique, les décideurs et les acteurs locaux sur l’urgence d’agir pour garantir un logement décent à tous, dans un contexte où l’urbanisation rapide et les crises climatiques exacerbent les inégalités.

