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Faut-il réduire les aides publiques à l’innovation ? Ou revoir la philosophie de leur distribution ?

The Conversation France · mis à jour il y a 2 j

L’ESSENTIEL L’efficacité du crédit impôt recherche n’a pas été faite. C’est pourtant le dispositif le plus généreux des aides fiscales des pays de l’OCDE.

Le CIR, un dispositif critiqué

Le crédit impôt recherche (CIR) est le principal outil français d’aide à l’innovation, avec un budget de 7,8 milliards d’euros en 2023. Il représente à lui seul les trois cinquièmes des aides publiques à l’innovation dans le pays. Pourtant, son efficacité reste très contestée. Selon le prix Nobel Philippe Aghion, aucune étude ne démontre son impact réel sur l’innovation. Ce dispositif, le plus généreux parmi les pays de l’OCDE, permet aux entreprises de réduire leurs impôts en fonction de leurs dépenses de recherche et développement (R&D). Cependant, une méta-analyse de 2021 révèle que ses effets sont modérés sur les activités de R&D et quasi nuls sur la valeur ajoutée ou l’investissement des entreprises. Il profite surtout aux PME, mais pas aux grandes entreprises ou aux ETI (entreprises de taille intermédiaire).

Des aides fiscales peu ciblées

Les aides fiscales comme le CIR sont souvent critiquées pour leur manque de ciblage. Elles prennent la forme d’exonérations fiscales, ce qui réduit les recettes de l’État sans garantir un retour sur investissement en termes d’innovation. En 2021, France Stratégie estimait que ces exonérations relevaient davantage d’une aide à la compétitivité des entreprises par la baisse des coûts de production que d’un soutien réel à l’innovation. Plus de 16 000 entreprises en bénéficient chaque année, mais leur impact global reste limité. En 2025, une réforme a réduit le type de dépenses éligibles, mais son efficacité est jugée faible par les experts. Le CIR est pourtant considéré comme un pilier de l’écosystème de R&D français par des acteurs comme le Medef.

Vers une politique d’intervention directe

Face aux limites des aides fiscales, la France explore une nouvelle approche : l’intervention directe de l’État dans l’innovation. Le plan France 2030, doté de 54 milliards d’euros, mise sur des aides structurelles comme les aides « guichet », les concours d’innovation ou les prises de participation. L’objectif est de créer un écosystème favorable à l’innovation de rupture, inspiré du modèle américain de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), une agence gouvernementale qui a notamment permis le développement du GPS et d’Internet. En France, cette idée se concrétise par la création d’une agence autonome, capable de financer des programmes ambitieux sur 3 à 5 ans, en associant entreprises, universités et organismes de R&D.

Les Labex, un bilan mitigé

Les laboratoires d’excellence (Labex), lancés en 2010 avec un budget de 1,5 milliard d’euros pour 170 projets, visaient à stimuler l’innovation de rupture. Cependant, leur efficacité reste limitée. Une étude qualitative de Sciences Po montre que les Labex ont surtout permis une plus grande souplesse dans les fonctionnements des laboratoires, sans nécessairement orienter les recherches vers des innovations majeures. Une autre étude économétrique souligne que les dépenses de R&D des entreprises voisines des Labex augmentent, mais sans impact significatif sur les dynamiques d’innovation. Pour être efficace, cette politique nécessiterait un budget multiplié par dix, selon les experts.

Un budget insuffisant pour la deep tech

Le segment de la deep tech (technologies de pointe) nécessite un financement massif pour rattraper le retard face aux États-Unis et à la Chine. Selon un rapport de 2025, 30 milliards d’euros seraient nécessaires d’ici 2030 pour ce secteur. Pourtant, le budget français actuel est jugé insuffisant pour soutenir une politique d’innovation structurelle ambitieuse. Les experts estiment que les financements devraient être multipliés par dix pour être compétitifs. Cette situation soulève la question de la capacité de l’État à financer une telle ambition, ainsi que celle de la volonté politique de réorienter les priorités budgétaires.

Les attentes des innovateurs

Une étude qualitative menée en 2025 auprès d’acteurs de l’innovation (entreprises, laboratoires, organismes territoriaux) révèle leurs attentes en matière de soutien public. Les innovateurs plébiscitent le maintien des dispositifs existants comme le CIR, les bourses Cifre ou les financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR). Cependant, ils pointent du doigt la complexité bureaucratique des procédures d’appels à projets, qui décourage les démarches ambitieuses. Ils soulignent aussi l’absence d’une politique industrielle claire, notamment pour contrer la concurrence chinoise. Enfin, ils plaident pour un protectionnisme accru dans les aides publiques, comme le projet de loi « accélérateur industriel » de la Commission européenne en 2026, qui conditionne les aides à une production locale.

Ce que ça pourrait changer

Les innovateurs proposent trois pistes pour améliorer les politiques d’innovation. Premièrement, il faudrait simplifier et dé-bureaucratiser les dispositifs d’aides, trop complexes et dissuasifs. Deuxièmement, une feuille de route industrielle claire, intégrant les forces concurrentielles (notamment face à la Chine), est indispensable. Troisièmement, un biais protectionniste dans les aides publiques, les marchés publics ou les appels à projets pourrait favoriser l’économie européenne. Ces réformes, si elles étaient mises en œuvre, pourraient donner un nouveau souffle à une politique d’innovation plus efficace et mieux adaptée aux enjeux actuels.

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