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Ce que la couleur des déjections de manchots vue de l'espace nous apprend sur le futur de l'océan Austral et du krill

Science & Vie · mis à jour il y a 2 h

En Antarctique, le guano des manchots change de couleur selon leur menu. Vu depuis l’espace, il permet aujourd’hui aux chercheurs de retracer trente ans de bouleversements liés à la fonte de la banquise et à la raréfaction de certaines proies..

Des déjections colorées

Les manchots, en Antarctique, produisent des déjections dont la couleur varie selon leur alimentation. Cette variation, observable depuis l’espace grâce aux satellites, est un indicateur clé de la santé des écosystèmes marins. Les scientifiques utilisent cette méthode pour étudier les changements dans l’océan Austral, une région vitale pour la régulation du climat mondial. Les couleurs des excréments, allant du rose au blanc en passant par le vert, reflètent la consommation de krill, un petit crustacé essentiel à la chaîne alimentaire marine. Le krill, riche en pigments comme l’astaxanthine, donne une teinte rose aux déjections lorsqu’il est abondant dans le régime des manchots. À l’inverse, une alimentation moins riche en krill, remplacée par des poissons, entraîne des excréments plus clairs.

Le krill, maillon fragile

Le krill antarctique (Euphausia superba) est une espèce clé de voûte dans l’écosystème de l’océan Austral. Il constitue la base alimentaire de nombreux prédateurs, dont les manchots, les baleines et les phoques. Sa population est directement influencée par la température de l’eau, la fonte des glaces et la disponibilité en phytoplancton, ces microalgues qui flottent à la surface des océans. Les scientifiques estiment que le krill représente environ 500 millions de tonnes de biomasse dans l’océan Austral, mais son abondance a diminué de 80 % depuis les années 1970 dans certaines zones, notamment en raison du réchauffement climatique et de la pêche industrielle. Cette baisse menace l’équilibre de tout l’écosystème, car le krill sert aussi de pompe à CO₂ en absorbant le dioxyde de carbone lors de sa croissance.

Satellites, outils d'observation

Les satellites d’observation de la Terre, comme ceux de la NASA ou de l’Agence spatiale européenne (ESA), permettent de surveiller les colonies de manchots et leurs déjections depuis l’espace. Ces images satellites, combinées à des données climatiques et océanographiques, aident les chercheurs à évaluer l’état des populations de krill sans avoir à se rendre sur place, une tâche difficile et coûteuse en Antarctique. En analysant la couleur et la taille des taches de guano (déjections de manchots) sur les images, les scientifiques peuvent estimer la quantité de krill consommée par les oiseaux et, par extension, la santé globale de l’écosystème. Cette méthode innovante a été développée récemment et offre une alternative aux méthodes traditionnelles, comme les prélèvements en mer ou les comptages manuels.

Un écosystème en danger

L’océan Austral, qui entoure l’Antarctique, joue un rôle crucial dans la régulation du climat mondial. Il absorbe environ 40 % du CO₂ émis par les activités humaines et redistribue la chaleur autour de la planète grâce à ses courants marins. Cependant, ce milieu est particulièrement vulnérable au changement climatique. La hausse des températures, la fonte des glaces et l’acidification des océans perturbent la croissance du phytoplancton et du krill, mettant en péril toute la chaîne alimentaire. Les projections indiquent que si le réchauffement se poursuit au rythme actuel, la population de krill pourrait diminuer de 30 % d’ici 2100, avec des conséquences dramatiques pour les espèces qui en dépendent, comme les manchots empereurs ou les baleines à bosse.

Ce que ça pourrait changer

Pour protéger le krill et, par ricochet, l’écosystème de l’océan Austral, plusieurs pistes sont envisagées. La première consiste à renforcer les zones marines protégées, comme la *Zone économique exclusive* (ZEE) de l’Antarctique, où la pêche au krill est déjà réglementée. En 2021, la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) a établi des quotas stricts pour limiter la capture de krill, mais ces mesures restent insuffisantes face à l’ampleur des défis. Une autre solution serait de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique, principal responsable de la dégradation de l’habitat du krill. Enfin, des projets de recherche visent à mieux comprendre les interactions entre le krill, le phytoplancton et les courants marins pour anticiper les changements futurs.

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