Iran : Téhéran soupçonné de crimes contre l’humanité, Washington de crimes de guerre
Le dernier rapport de la mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran, présenté au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, révèle une escalade sans précédent dans la répression des manifestations antigouvernementales par Téhéran, potentiellement constitutive de crimes contre l’humanité. Parallèlement, il met en cause Washington pour deux frappes aériennes ciblant des infrastructures civiles, qualifiées de crimes de guerre au regard du droit international humanitaire. Cette dualité des responsabilités soulève des questions sur l’impunité des acteurs étatiques et la fragilité des mécanismes de protection des populations en contexte de conflit ou de crise interne.
Quels éléments précis dans la répression iranienne pourraient constituer des crimes contre l’humanité ?
La mission évoque une offensive généralisée et systématique contre la population civile, incluant des meurtres, des actes de torture, des détentions arbitraires, des disparitions forcées et des restrictions massives à la liberté d’expression. L’usage de la peine capitale (29 exécutions entre mars et août 2026) et la coupure d’internet sont également pointés comme des outils de cette répression, atteignant selon les enquêteurs le seuil des crimes contre l’humanité.
Quelles sont les deux frappes américaines incriminées, et pourquoi sont-elles qualifiées de crimes de guerre ?
Les forces américaines sont mises en cause pour une frappe du 28 février contre l’école primaire Shajareh Tayyebeh à Minab (plus de 150 morts, dont 120 écoliers) et une autre contre un centre sportif à Lamerd (22 morts civils). Ces attaques sont jugées aveugles car elles n’ont pas distingué entre cibles militaires et civils, causant des dommages collatéraux majeurs, ce qui contrevient au droit international humanitaire.
Pourquoi les chiffres officiels iraniens (3 038 morts, 25 000 blessés) sont-ils contestés par les enquêteurs ?
La mission estime que le bilan réel est probablement très supérieur, en raison de l’ampleur de la répression et des restrictions à l’accès à l’information. Elle souligne notamment l’absence de vérification indépendante, ainsi que des cas documentés de victimes non comptabilisées, comme les 221 enfants tués, dont certains âgés de seulement deux ans.
Quel rôle le rapport attribue-t-il aux États tiers dans la lutte contre l’impunité ?
Les enquêteurs appellent les États tiers à exercer une compétence universelle pour poursuivre les auteurs présumés de crimes internationaux, lorsque cela est possible. Ils insistent sur la nécessité de mettre fin aux violations en cours et de relancer les efforts diplomatiques pour une paix durable, sans préciser de mécanismes concrets.
Ce que ça pourrait changer
Ce rapport pourrait relancer les pressions diplomatiques et judiciaires contre Téhéran et Washington, notamment via des procédures devant la Cour pénale internationale ou des sanctions ciblées. Il met en lumière la vulnérabilité des populations civiles en période de crise, où les mécanismes de protection du droit international sont souvent contournés. Enfin, il interroge sur la capacité des institutions onusiennes à faire respecter ces normes face à des puissances étatiques réticentes.

