« Scalpel » ou « tronçonneuse » : la « surenchère des coupes » s’invite dans la campagne
La campagne électorale québécoise de 2026 s’engage dans une surenchère de coupes dans la fonction publique, où chaque parti propose des réductions d’effectifs ou de masse salariale sous des vocables variés — « scalpel », « tronçonneuse » ou « dégraissage ». Derrière cette rhétorique de l’efficacité se cache une stratégie politique récurrente, mais dont les conséquences concrètes restent incertaines, entre promesses électorales et réalités administratives.
Quels partis politiques proposent les coupes les plus importantes dans la fonction publique, et selon quelles méthodes ?
La Coalition avenir Québec (CAQ) vise l’abolition de 11 000 postes de fonctionnaires, tandis que le Parti québécois (PQ) propose de retrancher 2,5 % de la masse salariale totale des ministères et organismes publics, soit environ 16 000 postes. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) va plus loin avec un objectif de 20 000 suppressions, et le Parti libéral du Québec (PLQ) n’a pas encore détaillé son plan mais souscrit à l’idée d’un « dégraissage » de l’État.
Pourquoi les syndicats de la fonction publique dénoncent-ils ces promesses de coupes, malgré leur caractère électoralement attractif ?
Les syndicats, comme le Syndicat canadien de la fonction publique, y voient une cassette répétée depuis 30 ans, où les fonctionnaires deviennent des cibles faciles. Ils soulignent que les services publics forment une chaîne dont les maillons sont interdépendants : réduire les effectifs transfère la charge vers le privé, souvent à moindre coût ou avec une expertise moindre, sans résoudre les besoins réels des citoyens.
Quels arguments les partisans des coupes avancent-ils pour justifier leur nécessité, et quelles critiques leur sont opposées ?
Les défenseurs des réductions, comme la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), estiment que l’État est inefficace, trop taxateur et générateur de contraintes pour les entreprises. Ils contestent l’idée que le privé coûte plus cher, affirmant que les entrepreneurs privilégient la stabilité et l’amélioration des conditions de travail. Leurs détracteurs, dont des experts comme Antoine Genest-Grégoire, rappellent que l’État doit garantir la précision et l’équité dans l’application des lois, ce qui nécessite une expertise publique irremplaçable.
Pourquoi les promesses de coupes dans la fonction publique peinent-elles à se concrétiser, malgré leur popularité électorale ?
Selon le professeur Antoine Genest-Grégoire, ces promesses s’apparentent à une tarte aux pommes : tout le monde en veut, mais personne ne s’accorde sur les ingrédients à supprimer. De plus, chaque loi adoptée par le gouvernement engendre des besoins administratifs supplémentaires, rendant les coupes difficiles à appliquer sans fragiliser les services essentiels ou créer des risques de malversation.
Ce que ça pourrait changer
Ces propositions pourraient accentuer la tension entre l’efficacité budgétaire et la qualité des services publics, avec un risque de transfert des coûts vers le privé ou les citoyens. Elles risquent aussi d’affaiblir l’expertise publique, déjà pointée du doigt par des rapports comme ceux des commissaires Charbonneau et Gallant, notamment pour les grands projets. Enfin, elles pourraient polariser davantage le débat sur le rôle de l’État, entre réduction des contraintes et maintien des missions sociales.

