La protection des routes côtières passe par celle des écosystèmes, estime le BAPE
Face à l’érosion accélérée des côtes québécoises et à la vulnérabilité croissante des routes littorales, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) propose une approche radicalement différente : plutôt que de renforcer les infrastructures par des solutions purement techniques, il faut miser sur la résilience naturelle des écosystèmes. Ce rapport, rendu public en pleine campagne électorale, interroge la pertinence d’un programme décennal de 10 ans et des centaines de millions de dollars, dont l’efficacité pourrait être compromise par une vision trop anthropocentrique de la protection côtière.
Pourquoi le BAPE estime-t-il que la protection des écosystèmes côtiers est indispensable à celle des routes ?
Le BAPE souligne que les écosystèmes comme les marais littoraux ou les battures jouent un rôle clé dans l’atténuation des vagues et la stabilisation des sols, réduisant ainsi les risques de submersion et d’érosion. Sans ces barrières naturelles, les infrastructures routières deviennent plus vulnérables, surtout dans un contexte de réchauffement climatique qui aggrave les aléas côtiers.
Quels sont les principaux obstacles à la migration des écosystèmes côtiers vers l’intérieur des terres ?
Le rapport indique que 43 % des écosystèmes côtiers de l’est du Québec sont bloqués par des obstacles anthropiques, notamment les routes. Ces infrastructures artificielles limitent leur capacité à s’adapter à la montée des eaux, les plaçant dans une situation de « sandwich » entre la mer et les aménagements humains.
Comment le ministère des Transports du Québec compte-t-il consulter les citoyens sur ce programme ?
Le ministère prévoit actuellement une consultation limitée à un sondage d’opinion et un questionnaire en ligne. Le BAPE critique cette approche, jugée insuffisante, et recommande la création de comités de liaison locaux pour une participation plus large et ancrée dans les réalités des communautés côtières.
Quel est l’objectif du programme décennal de protection des routes côtières et quel est son coût estimé ?
Ce programme vise à rénover une cinquantaine de tronçons des routes 132 et 199 sur 10 ans, en prévenant les dégâts plutôt qu’en intervenant après des événements météorologiques destructeurs. Son coût est estimé à des centaines de millions de dollars, et son lancement est envisagé dès 2027 si le gouvernement donne son feu vert.
Ce que ça pourrait changer
Cette approche pourrait marquer un tournant dans la gestion des risques côtiers au Québec, en intégrant davantage les principes d’écologie et de résilience dans les politiques publiques. Si elle est adoptée, elle pourrait inspirer d’autres régions confrontées à des défis similaires, tout en soulevant des questions sur la faisabilité technique et financière de telles solutions. Une vigilance sera nécessaire pour éviter que les contraintes budgétaires ou les pressions politiques ne diluent les recommandations du BAPE.

