«Canceller» ou porter plainte
La cancel culture et les mécanismes judiciaires ou déontologiques de régulation des discours s’opposent-ils comme deux modèles de gestion de la liberté d’expression en démocratie ? L’auteur interroge ici la légitimité des pratiques de censure informelle, souvent arbitraires, qui se substituent aux voies légales, tout en soulignant les risques d’une polarisation croissante des débats publics. Entre lynchage symbolique et recours aux tribunaux, la frontière entre justice et arbitraire devient un enjeu central pour l’avenir du débat démocratique.
Quel exemple concret illustre l’incohérence apparente entre les positions du Parti québécois (PQ) sur la liberté d’expression et ses actions récentes ?
Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a dénoncé la cancel culture après qu’un de ses candidats ait été critiqué pour des propos jugés provocateurs, tout en déposant une plainte contre une psychiatre auprès du Collège des médecins, accusée de dépasser les limites de son expression professionnelle. L’auteur y voit une cohérence : le PQ défend le recours aux instances légitimes (tribunaux, ordres professionnels) pour trancher les limites de la liberté d’expression, plutôt que des sanctions informelles.
Pourquoi l’auteur considère-t-il que la cancel culture représente une menace plus directe pour la démocratie que les poursuites judiciaires ou déontologiques ?
Contrairement aux plaintes déposées devant des instances reconnues (tribunaux, ordres professionnels), qui permettent une défense et un jugement équitable, la cancel culture repose sur des accusations informelles, amplifiées par les réseaux sociaux, sans preuve ni recours. Elle s’arroge un pouvoir de censure que la démocratie réserve aux législateurs et aux juges, nourrissant une polarisation idéologique et une radicalisation des débats.
Quels mécanismes permettent, selon l’auteur, de contrer les abus de la cancel culture sans recourir à la censure arbitraire ?
L’auteur propose deux parades : d’abord, la possibilité pour les personnes visées de se défendre devant les tribunaux ou les ordres professionnels, ce qui limite les poursuites malveillantes ; ensuite, la reconnaissance que les accusations de haine ou de racisme sans fondement juridique devraient être systématiquement contestées, plutôt que relayées sans vérification. Il insiste sur la nécessité de rétablir une pudeur dans le débat public pour éviter les exagérations rhétoriques.
Ce que ça pourrait changer
Cette réflexion soulève un enjeu de fond pour les démocraties contemporaines : la nécessité de préserver les voies légales de régulation des discours tout en luttant contre les dérives de la polarisation et de la censure informelle. Si la tendance à privilégier les lynchages symboliques persiste, elle pourrait fragiliser la confiance dans les institutions et alimenter des dynamiques antidémocratiques, à l’image des dérives observées ailleurs. La question dépasse le cadre québécois et interroge les fondements mêmes du débat public dans un monde numérique.

