Quand le régime de Mussolini faisait espionner un opposant par son propre frère
L’histoire d’Attilio De Feo, artiste et militant antifasciste exilé à Paris, révèle comment le régime de Mussolini a instrumentalisé les liens familiaux pour étouffer la dissidence. Exhumées par l’historien Giuseppe Galzerano, les archives de l’OVRA montrent que la trahison fraternelle n’a pas seulement servi à surveiller un opposant, mais a paradoxalement préservé sa pensée critique, offrant aujourd’hui un témoignage unique sur la résistance intellectuelle face à la dictature.
Comment le régime fasciste de Mussolini a-t-il réussi à espionner Attilio De Feo en exil ?
Le régime a corrompu son propre frère, Francesco Paolo De Feo, et son neveu Domenico, qui vivaient sous son toit à Paris. Ces derniers, rémunérés par l’OVRA, ont fouillé ses papiers, surveillé ses contacts et transmis des rapports détaillés sur ses activités militantes à Rome, exploitant ainsi la confiance familiale pour une surveillance systématique.
Quelles idées Attilio De Feo défendait-il dans ses écrits et actions, et en quoi contestaient-elles l’idéologie fasciste ?
De Feo rejetait l’italianité mythifiée par Mussolini, prônant un internationalisme humaniste et une condamnation radicale de l’impérialisme colonial, notamment après l’invasion de l’Éthiopie. Il anticipait aussi la chute du régime, prédisant dès 1937 une transition vers une dictature militaire dirigée par Badoglio, une intuition confirmée en 1943.
Quel rôle a joué Attilio De Feo dans la mémoire collective de la résistance antifasciste ?
Il a documenté visuellement des événements clés, comme les funérailles des frères Rosselli en 1937, où il a photographié une foule de 100 000 personnes venues honorer les leaders de Giustizia e Libertà. Ces images, aujourd’hui archivées, ont structuré la mémoire de la lutte antifasciste en Europe.
Pourquoi les archives de l’OVRA, malgré leur objectif répressif, ont-elles finalement servi la postérité d’Attilio De Feo ?
En documentant scrupuleusement ses moindres faits et gestes, les rapports de police ont involontairement préservé ses analyses politiques, ses lettres et ses prises de position. Ces archives, exhumées par l’historien Galzerano, offrent aujourd’hui un accès direct à une pensée humaniste et visionnaire, échappant ainsi à l’anéantissement souhaité par le régime.
Ce que ça pourrait changer
Cette affaire illustre comment les régimes autoritaires corrompent les liens sociaux pour étouffer toute opposition, mais aussi comment la répression, en produisant des archives, peut malgré elle sauvegarder des témoignages qui contredisent leur propagande. Elle souligne l’importance de l’étude des trajectoires individuelles pour comprendre les mécanismes de la domination totalitaire et la résilience des idées dissidentes.

