Brûlure au bloc opératoire en clinique : qui doit indemniser la victime ? Par Ruben Atlani, Avocat.
La survenue d’une brûlure au bloc opératoire, bien que rare, pose une question cruciale : qui, entre le chirurgien et l’établissement de santé, doit assumer la responsabilité des dommages subis par le patient ? Entre fautes avérées, aléas thérapeutiques et zones d’ombre persistantes, la détermination des responsabilités oscille entre jurisprudence fragmentée et logique indemnitaire, révélant les tensions entre autonomie médicale et cadre institutionnel.
Quels sont les mécanismes les plus fréquents à l’origine des brûlures au bloc opératoire ?
Les brûlures peuvent résulter d’un mauvais placement ou d’un dysfonctionnement de la plaque du bistouri électrique, d’un contact prolongé avec des produits antiseptiques comme la Bétadine alcoolique, ou encore d’une utilisation inappropriée des couvertures chauffantes. Leur origine exacte reste cependant souvent difficile à établir sans une expertise médicale approfondie, qui peut révéler des manquements dans la préparation du champ opératoire, l’installation du patient ou la manipulation du matériel.
Pourquoi la responsabilité du chirurgien ou de la clinique n’est-elle pas toujours évidente à déterminer ?
La jurisprudence n’étant pas uniforme, la responsabilité dépend des circonstances précises de l’accident et des actes des différents intervenants. Si une faute du chirurgien (comme une mauvaise utilisation du bistouri) peut engager sa responsabilité, celle de la clinique peut aussi être retenue pour des manquements du personnel infirmier, notamment lorsque celui-ci est sous la supervision du chirurgien ou lorsqu’il intervient dans des tâches spécifiques comme l’installation du patient. Dans certains cas, les deux peuvent être tenus pour responsables.
Dans quelles conditions une brûlure au bloc opératoire peut-elle être considérée comme un aléa thérapeutique ?
Un aléa thérapeutique peut être retenu lorsque la brûlure résulte d’un risque inhérent à l’acte médical lui-même, sans qu’aucun manquement fautif du chirurgien ou de l’établissement ne soit établi. Dans cette hypothèse, l’indemnisation de la victime peut être prise en charge par l’ONIAM, sous réserve que les conditions légales d’un accident médical non fautif soient remplies.
Pourquoi est-il stratégique de solliciter une expertise médicale dès la découverte d’une brûlure ?
L’expertise permet de déterminer l’origine exacte de la brûlure et d’identifier d’éventuels manquements, mais aussi de clarifier les responsabilités entre le chirurgien et la clinique. En engageant toutes les parties concernées dès le début de la procédure, on évite des mises en cause ultérieures qui pourraient ralentir le processus et compliquer l’indemnisation.
Ce que ça pourrait changer
Cette affaire met en lumière les limites des cadres juridiques actuels pour trancher des litiges aussi techniques que ceux liés aux brûlures en milieu hospitalier. Elle souligne l’importance d’une collaboration étroite entre les professionnels de santé et les établissements pour prévenir ces risques, tout en renforçant les mécanismes d’indemnisation pour les victimes. À l’ère de la judiciarisation croissante de la médecine, une clarification des responsabilités pourrait aussi inciter les cliniques à adopter des protocoles plus stricts.

