Trop de lois et de règlements?
La campagne électorale québécoise de 2026 relance un débat récurrent : celui de la surabondance des lois et règlements, présenté comme un frein à l’innovation et à la croissance. Pourtant, cette critique systématique occulte une réalité plus complexe, où l’absence de régulation peut engendrer des coûts sociaux et économiques bien plus lourds que ceux qu’elle prétend combattre. Entre démagogie électorale et exigence de modernisation, comment concilier efficacité réglementaire et nécessité de protéger les citoyens ?
Pourquoi les promesses de réduire le nombre de règlements reviennent-elles systématiquement dans les campagnes électorales au Québec ?
Ces promesses s’appuient sur une perception répandue selon laquelle la réglementation serait un obstacle à l’activité économique, une source de coûts superflus et un frein à l’innovation. Elles répondent à une frustration des acteurs économiques face à des règles perçues comme inefficaces ou mal adaptées, sans toujours distinguer les textes utiles des excès bureaucratiques.
Quels sont les risques liés à une suppression massive de règlements sans évaluation préalable ?
Une telle approche risque de transférer les coûts des risques (accidents, fraudes, dommages environnementaux) vers les populations les plus vulnérables, qui subissent directement les conséquences de l’absence de régulation. Elle peut aussi affaiblir la légitimité des lois restantes, comme le soulignait Montesquieu, en rendant les règles « éludables » et donc moins protectrices.
Pourquoi l’accumulation des règlements est-elle souvent présentée comme un problème en soi, plutôt que comme un symptôme d’évolution des risques ?
Le débat public tend à se polariser entre deux postures contradictoires : d’un côté, la dénonciation abstraite de l’obésité réglementaire, de l’autre, l’indignation tardive face à l’absence de règles après une crise. Cette dichotomie empêche une réflexion nuancée sur l’adéquation entre les risques actuels et les outils pour les gérer, les nouveaux règlements s’ajoutant aux anciens sans remise en cause systématique.
Ce que ça pourrait changer
Une approche électorale simpliste, centrée sur la réduction quantitative des règlements, pourrait affaiblir la capacité de l’État à prévenir des crises futures, tout en alimentant un cynisme envers les institutions publiques. À l’inverse, une refonte méthodique de la réglementation, intégrant des mécanismes d’évaluation continue, pourrait restaurer sa crédibilité et son efficacité, mais exige une volonté politique rare et des moyens techniques importants.

