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DROIT

L'intimité est une marchandise comme les autres : de la responsabilité des plateformes de contenus pour adultes. Par Benjamin Mayzaud Visseaux, Avocat.

Source unique·il y a 14 j

Les plateformes de contenus pour adultes, comme OnlyFans ou MYM, transforment l’intimité en marchandise en monétisant non seulement des images, mais aussi des interactions présentées comme personnelles. Cet article interroge les limites juridiques et éthiques d’une économie où la promesse de proximité cache souvent une organisation professionnelle opaque, exploitant des vulnérabilités relationnelles pour maximiser les revenus.

En quoi la monétisation de l’intimité sur ces plateformes diffère-t-elle d’une simple vente de contenus pornographiques traditionnels ?

Contrairement aux contenus pornographiques classiques, ces plateformes vendent une relation personnalisée où l’abonné paie pour des interactions présentées comme uniques et authentiques, allant au-delà de l’accès à des fichiers numériques. L’enjeu juridique réside dans la substitution relationnelle : un chatter, une IA ou une agence peut endosser l’identité du créateur, créant une illusion de proximité qui masque une organisation commerciale structurée.

Quels sont les trois modèles d’organisation de la relation avec l’abonné identifiés dans l’article, et quel modèle concentre le plus de risques juridiques ?

Le premier modèle est celui du créateur autonome, qui gère lui-même ses interactions et ses contenus. Le deuxième, celui du créateur assisté, implique une aide externe transparente pour la gestion des publications ou des réponses. Le troisième, le créateur substitué, est le plus risqué : une équipe de vendeurs ou des outils d’IA répondent sous l’identité du créateur, entretenant une croyance erronée sur l’authenticité de la relation. Ce dernier modèle concentre les risques pénaux en exploitant une vulnérabilité relationnelle située.

Pourquoi l’article souligne-t-il que la vulnérabilité relationnelle n’est pas une faiblesse intrinsèque de l’abonné, mais une situation exploitée par les plateformes ?

L’article rappelle que la solitude sexuelle ou affective peut devenir une vulnérabilité relationnelle située lorsque des architectures numériques organisent des interactions payantes en jouant sur l’ambiguïté entre échange marchand et lien intime. Ce n’est pas la vulnérabilité en soi qui pose problème, mais la manière dont elle est repérée, enregistrée et monétisée par des professionnels qui promettent une attention personnalisée tout en dissimulant la réalité de l’organisation derrière cette prestation.

Quels outils juridiques existants permettent de sanctionner les abus dans cette économie de la fausse intimité, selon l’auteur ?

L’auteur estime que le droit français dispose déjà des outils nécessaires pour sanctionner ces abus, notamment grâce à la loi n° 2024-420 du 10 mai 2024 qui élargit l’arsenal répressif. Les qualifications pénales existantes (tromperie, manipulation, exploitation de la vulnérabilité) peuvent s’appliquer dès lors qu’une asymétrie d’information et une organisation professionnelle de la croyance sont avérées, sans nécessiter une infraction spécifique.

Ce que ça pourrait changer

Cette analyse pourrait inciter les régulateurs à renforcer la transparence des plateformes sur la nature réelle des interactions proposées, notamment en encadrant strictement les pratiques de substitution relationnelle. Elle soulève aussi des questions éthiques sur la frontière entre commerce et manipulation dans une économie où l’intimité est devenue un produit de consommation comme un autre. À terme, cela pourrait mener à une refonte des obligations des plateformes en matière de loyauté et de protection des consommateurs vulnérables.

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