Apprendre à jouer avec le risque
La réintroduction du jeu risqué dans l’enfance, longtemps perçue comme une menace pour la sécurité, s’impose désormais comme un levier pédagogique et psychologique. Entre initiatives locales audacieuses et validations scientifiques, cette approche interroge notre rapport à l’autonomie, à l’incertitude et à la gestion des émotions chez les jeunes. Comment concilier sécurité nécessaire et risque bénéfique sans tomber dans l’excès inverse ?
Quels sont les principes fondamentaux des jeux de chamailles mis en place à l’école primaire de Val-Brillant ?
Le projet repose sur un cadre strict : respect mutuel (arrêt immédiat si un enfant n’est plus à l’aise), interdiction des contacts sur la tête, le cou ou les parties intimes, et discussion systématique après l’activité pour évaluer ce qui a plu ou déplu. L’objectif n’est pas l’élimination du conflit, mais son encadrement pour en faire un outil d’apprentissage social.
Pourquoi la Société canadienne de pédiatrie (SCP) a-t-elle publié un document sur les jeux risqués en 2024 ?
Le document visait à légitimer scientifiquement une pratique encore controversée, en s’appuyant sur des décennies de recherches liant le jeu risqué à des bénéfices moteurs, sociaux et émotionnels. Il a aussi fourni des arguments concrets aux éducateurs et parents pour surmonter les résistances, comme celles rencontrées initialement par Maude Morin-Lévesque à Val-Brillant.
Quels obstacles persistent pour généraliser ces pratiques malgré les preuves scientifiques ?
Les freins viennent de multiples acteurs : parents anxieux, éducateurs craintifs, urbanistes concevant des espaces peu adaptés, ou encore compagnies d’assurance. Mariana Brussoni souligne que la culture du risque zéro reste ancrée, transformant même des risques mineurs en sources d’angoisse pour les enfants.
Ce que ça pourrait changer
Cette évolution pourrait réduire les troubles de l’attention et de l’hyperactivité chez les jeunes, tout en favorisant leur autonomie. Cependant, son succès dépendra de la capacité des institutions à concilier liberté encadrée et prévention des dangers réels, sans tomber dans un retour nostalgique à des pratiques non sécurisées. La balle est désormais dans le camp des décideurs locaux et des familles.

