La Guerre d’Espagne, une guerre civile européenne 4/11 : Aux origines de la guerre d'Espagne
Pourquoi la guerre d’Espagne éclate-t-elle en 1936, et comment Franco parvient-il à l’emporter ? Cette émission revient sur les origines du conflit en interrogeant les fractures politiques et sociales qui ont mené à la guerre civile, ainsi que les failles du camp républicain..
En 1931, l'Espagne devient une république après la chute de la monarchie, dans un contexte de profondes inégalités sociales et de tensions politiques. Cette nouvelle république porte des espoirs de réformes, notamment dans l'éducation et la justice sociale, mais elle est immédiatement confrontée à des défis majeurs. Le pays est marqué par des inégalités sociales extrêmes, une réforme agraire inaboutie qui ne redistribue pas les terres aux paysans pauvres, et une tradition de violences politiques ainsi que de coups d'État militaires. Ces éléments fragilisent la jeune démocratie espagnole, qui peine à s'enraciner durablement. Selon l'historien Bartolomé Bennassar, ces fractures rendent la guerre civile presque inévitable dès les premières années de la république.
L'Espagne des années 1930 est déchirée par plusieurs clivages profonds. Sur le plan social, les inégalités entre une oligarchie terrienne et une paysannerie misérable sont criantes, tandis que la réforme agraire, visant à redistribuer les terres aux paysans, reste bloquée ou appliquée de manière insuffisante. Parallèlement, les nationalismes régionaux, comme celui de la Catalogne ou du Pays basque, gagnent en influence et revendiquent une plus grande autonomie, voire l'indépendance. Ces tensions sont exacerbées par la montée en puissance des mouvements révolutionnaires dans les campagnes et la radicalisation croissante de la droite, qui voit dans la république une menace pour ses privilèges. Ces divisions affaiblissent l'unité nationale et rendent le pays particulièrement vulnérable aux crises.
En 1936, le Front populaire, une coalition de partis de gauche (socialistes, communistes, républicains) remporte les élections. Ce gouvernement tente de mettre en œuvre des réformes progressistes, mais il se heurte à une opposition farouche de la part des élites traditionnelles, de l'Église catholique et des militaires. La droite, soutenue par une partie de la population et des groupes paramilitaires comme la Falange (un mouvement fasciste espagnol), organise une résistance violente. Les tensions atteignent leur paroxysme en juillet 1936, lorsque des généraux, dont Francisco Franco, se soulèvent contre le gouvernement légitime. Ce coup d'État marque le début de la guerre civile, mais il échoue dans plusieurs grandes villes, notamment Madrid et Barcelone, où les républicains résistent.
Contrairement aux attentes des putschistes, le coup d'État de juillet 1936 ne parvient pas à renverser rapidement le gouvernement républicain. Dans les grandes villes comme Madrid, Barcelone ou Valence, les ouvriers, les milices syndicales et les forces de sécurité restent fidèles à la république. Les républicains, convaincus que la rébellion s'effondrera d'elle-même, sous-estiment la menace que représentent les militaires rebelles. Cette erreur stratégique leur coûte cher : au lieu de écraser la rébellion dans l'œuf, ils laissent aux insurgés le temps de se regrouper et de recevoir des renforts extérieurs. Selon Bartolomé Bennassar, une intervention rapide des forces républicaines aurait pu mettre fin au conflit dès ses débuts.
L'issue de la guerre bascule en faveur des insurgés grâce à l'intervention militaire de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste. Dès août 1936, l'Allemagne envoie des avions, des chars et des conseillers militaires pour soutenir les troupes de Franco, tandis que l'Italie envoie des dizaines de milliers de soldats et du matériel. Ces renforts permettent aux rebelles de consolider leurs positions et de lancer des offensives décisives. Du côté républicain, l'aide internationale est moins efficace : l'URSS stalinienne soutient les républicains, mais de manière limitée et sous conditions politiques, tandis que les démocraties occidentales, comme la France et le Royaume-Uni, observent une politique de non-intervention qui asphyxie le camp républicain. Ces déséquilibres militaires jouent un rôle clé dans la victoire finale de Franco.
Le camp républicain, bien que majoritairement soutenu par la population, est miné par des divisions internes profondes. Les anarchistes de la CNT-FAI (Confédération nationale du travail - Fédération anarchiste ibérique), les socialistes du PSOE, les communistes du PCE (pro-stalinien) et les militants du POUM (Parti ouvrier d'unification marxiste, non-stalinien) s'affrontent sur la stratégie à adopter. Le POUM, dirigé par Wilebaldo Solano, est particulièrement critiqué par les communistes staliniens, qui le considèrent comme un rival. Ces conflits affaiblissent la cohésion du camp républicain et facilitent les avancées des troupes franquistes. Selon Solano, ces dissensions ont été un facteur majeur dans la défaite républicaine, en empêchant une coordination efficace contre les insurgés.
Francisco Franco, un général espagnol, émerge comme le leader des insurgés grâce à son charisme, sa capacité à unifier les différentes factions de la droite (monarchistes, traditionalistes, fascistes) et son habileté à obtenir le soutien de l'Allemagne et de l'Italie. Contrairement à d'autres généraux rebelles, Franco parvient à centraliser le commandement et à éviter les divisions internes qui paralysent le camp républicain. Son ascension est aussi facilitée par le fait qu'il n'est pas perçu comme un extrémiste radical par les élites traditionnelles, ce qui lui permet de rallier des soutiens variés. En 1939, après trois ans de guerre, il remporte la victoire et instaure une dictature qui durera jusqu'à sa mort en 1975.

