À l’école algérienne, la “substitution” organisée de l’anglais au français
L’Algérie poursuit sa politique de remplacement de l’enseignement du français par celui de l’anglais, qui devient la première langue étrangère des élèves dès la troisième année de primaire. Pour le média algérien “Twala”, si le débat revêt, dans le pays, une forte dimension symbolique, la réforme risque de se révéler hâtive et masque mal un manque de moyens chronique..
L’Algérie a lancé une réforme majeure de son système éducatif en remplaçant progressivement l’enseignement du français par celui de l’anglais dans les écoles primaires et secondaires. Dès la rentrée 2026-2027, l’anglais devient la première langue étrangère enseignée dès la troisième année du primaire, alors que le français n’apparaît qu’en quatrième année. Cette réforme s’inscrit dans une volonté politique de réorientation linguistique, bien que son application rapide soulève des questions. Les enseignants n’auront qu’une semaine pour s’adapter aux nouveaux programmes avant l’arrivée des élèves, ce qui pourrait compliquer la mise en œuvre effective des changements.
Dans le primaire, qui dure cinq ans, l’arabe domine largement l’emploi du temps avec onze heures hebdomadaires, suivi des mathématiques (cinq heures). Aucune langue étrangère n’est enseignée en première et deuxième année. En troisième année, l’anglais est introduit à raison de deux heures par semaine, tandis que le français n’apparaît qu’en quatrième année, avec également deux heures. Au lycée, l’anglais reste présent dans les filières scientifiques et technologiques, alors que le français disparaît des grilles horaires en troisième année. Cette réforme recentre les programmes sur des spécialités, au détriment de disciplines comme la philosophie, la géographie, certaines langues nationales et l’informatique.
Le débat autour de cette réforme dépasse le cadre pédagogique en Algérie. Il revêt une dimension symbolique forte, car il touche à l’identité culturelle et linguistique du pays. Historiquement, le français, héritage colonial, a occupé une place centrale dans l’éducation algérienne. Son remplacement progressif par l’anglais, langue dominante dans les échanges internationaux et les technologies, reflète une volonté de s’inscrire dans une dynamique globale. Cependant, cette transition est critiquée pour son manque de préparation et de moyens, risquant de créer des inégalités dans l’accès à une éducation de qualité.
Le média algérien Twala, source de l’article, souligne que cette réforme, bien que ambitieuse, pourrait être hâtive et mal préparée. Le manque de ressources, notamment en termes de formation des enseignants et de matériel pédagogique, est pointé du doigt. Les enseignants auront peu de temps pour s’adapter aux nouveaux programmes avant la rentrée, ce qui pourrait nuire à la qualité de l’enseignement. Par ailleurs, la réduction des heures consacrées à certaines disciplines comme la philosophie ou l’informatique suscite des inquiétudes quant à l’équilibre des connaissances transmises aux élèves.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre la France et l’Algérie, notamment sur le plan linguistique et culturel. Le média *Twala*, créé en 2020 par des journalistes algériens indépendants, joue un rôle clé dans l’analyse de cette transition. Son nom fait référence à un proverbe local évoquant la transmission de l’information par ceux qui en ont été témoins. L’article souligne que cette réforme, bien que portée par des objectifs stratégiques, pourrait masquer des difficultés structurelles, comme le manque de moyens ou une planification insuffisante.

