L’héritage toxique des anciens dépotoirs municipaux
Des décharges polluantes reviennent hanter des municipalités. On décortique cet enjeu en 4 questions..
Les anciens dépotoirs municipaux, aussi appelés lieux d’enfouissement sanitaire (LES), ont accumulé des déchets sans tri ni traitement des années 1970 à 2006 au Québec. Ces décharges contiennent des matériaux variés comme des pneus, de la peinture ou des sacs de poubelle, qui génèrent des gaz à effet de serre (GES), notamment du méthane. Ce gaz est 220 fois plus polluant que le CO2 sur 10 ans, selon Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). Les déchets organiques se dégradent aussi en consommant l’oxygène environnant, ce qui favorise la dissolution des métaux comme le fer ou le plomb dans l’eau. Ces métaux, en se déposant, donnent une couleur rouille aux cours d’eau, comme le ruisseau de la Cavée à Rimouski. Les LES ne disposaient pas de systèmes pour traiter les lixiviats (liquides contaminés issus des déchets), contrairement aux normes actuelles.
Le lixiviat, surnommé jus de poubelle, s’écoule des anciens dépotoirs et contamine les écosystèmes. À Rimouski, des chercheurs ont détecté des PFAS (polluants éternels issus de textiles ou de produits ménagers) et des métaux lourds comme l’arsenic ou le plomb dans la rivière Rimouski, un cours d’eau à saumon. Ces substances menacent les insectes, mollusques et poissons, base de la chaîne alimentaire. Le saumon, espèce sentinelle, voit ses populations décliner. Un refuge thermique pour les saumoneaux, situé près du ruisseau contaminé, est particulièrement vulnérable. Les concentrations de métaux mesurées dépassent parfois les seuils nocifs pour la vie aquatique, selon les scientifiques.
Depuis 2006, les lieux d’enfouissement technique (LET) remplacent les LES. Ces nouveaux sites intègrent jusqu’à 14 couches étanches (membranes, drains, sable) pour bloquer les lixiviats. Ils doivent aussi capter et traiter ces liquides avant rejet. Cependant, certains LET ne sont pas totalement étanches : en 2024, celui de Rivière-du-Loup a écopé de 130 000 € d’amendes pour des rejets non conformes. Le Québec impose désormais le suivi des PFAS dans ces sites. Sur 144 LES fermés au Québec, seuls 7 ont été convertis en LET. Les autres, non surveillés après leur fermeture, font l’objet d’inspections bisannuelles pour détecter d’éventuels problèmes.
À Rimouski, la dépollution de l’ancien LES coûtera au moins 40 millions d’euros aux contribuables, soit 124 € par an pendant 5 ans pour un compte de taxes moyen. La Ville, propriétaire du site, doit agir pour respecter la Loi sur les pêches fédérale, sous peine d’amendes allant jusqu’à 8 millions d’euros en cas de récidive. La question de la responsabilité divise : les municipalités estiment assumer un fardeau injuste, d’autant que les normes de l’époque étaient respectées. L’Union des municipalités du Québec (UMQ) souligne que ces coûts dépassent les capacités financières des villes. Aucune aide gouvernementale spécifique n’est prévue pour ces dépollutions, bien que des recours juridiques soient envisagés par la Ville de Rimouski.
Le dépotoir de Rimouski, ouvert en 1981, a connu des problèmes dès 1981-1994 avec plus de 10 infractions pour rejets non conformes. Malgré des travaux depuis 2017, la pollution persiste. En 2024, ECCC juge les mesures insuffisantes et exige 7 millions d’euros supplémentaires de travaux. Le maire Guy Caron milite pour des subventions fédérales et envisage même un recours judiciaire. Les citoyens avaient alerté dès 1978 sur les risques, mais le site a été autorisé. Ce cas illustre les *passifs environnementaux* des anciennes décharges, comparables à ceux des sites miniers, nécessitant des interventions coûteuses et complexes.

