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Qu’est-ce que le « bear market » pour les cryptomonnaies ?

The Conversation France · mis à jour il y a 12 j

L’ESSENTIEL Après un record à plus de 126 000 dollars (environ 108 500 euros) en octobre 2025, le bitcoin a perdu plus de la moitié de sa valeur au premier semestre 2026. Ces périodes prolongées de baisse des prix, ou bear market , sont symptomatiques d’une remise en question des croyances dans les cryptomonnaies.

Définition bear market

Un bear market (ou marché baissier) désigne une période prolongée où les prix des actifs financiers, comme les cryptomonnaies, chutent de manière significative. Ce terme vient de l’anglais bear (ours), en référence au mouvement de frappe vers le bas de cet animal. À l’inverse, un bull market (marché haussier) correspond à une hausse durable des cours. Dans le cas des cryptomonnaies, un bear market est généralement caractérisé par une baisse d’au moins 20 % par rapport à un sommet récent. Par exemple, entre octobre 2025 et le premier semestre 2026, le bitcoin a perdu plus de la moitié de sa valeur, passant de plus de 126 000 dollars (environ 108 500 euros) à un niveau bien inférieur. Ces phases de baisse ne se limitent pas à une simple correction des prix : elles remettent en question les promesses initiales associées aux cryptomonnaies, comme leur rôle de réserve de valeur ou de système de paiement décentralisé.

Mécanisme des baisses

Les bear markets se produisent souvent après une période de forte hausse des prix, lorsque les premiers doutes apparaissent parmi les investisseurs. Ces derniers commencent alors à vendre leurs actifs, ce qui peut déclencher une spirale de baisse. Dans le cas des cryptomonnaies, l’utilisation de l’endettement amplifie ce phénomène. Par exemple, lorsque les prix chutent brutalement, certaines positions achetées à crédit sont automatiquement liquidées par les plateformes d’échange, ce qui entraîne des ventes supplémentaires et aggrave la baisse. Ce mécanisme a été particulièrement visible lors du crypto-hiver de 2022, où l’effondrement de certains acteurs comme TerraUSD ou FTX a provoqué un effet domino dans l’écosystème. Les cryptomonnaies, qui fonctionnent 24 heures sur 24 et sans interruption, sont particulièrement sensibles à ces mouvements rapides.

Remise en question des promesses

Un bear market ne se contente pas de faire baisser les prix : il interroge aussi la crédibilité des promesses associées aux cryptomonnaies. Depuis leur création en 2008, ces actifs numériques ont été présentés comme une alternative aux systèmes financiers traditionnels, notamment en tant que moyen de paiement décentralisé, réserve de valeur comparable à l’or (or numérique), ou encore outil de finance décentralisée (DeFi). Cependant, lors des phases de baisse, les investisseurs réévaluent ces promesses. Par exemple, le bitcoin, souvent présenté comme une monnaie d’échange, reste peu utilisé à cette fin, tandis que d’autres usages, comme les stablecoins (cryptomonnaies indexées sur une monnaie traditionnelle comme le dollar), gagnent en importance. Ces périodes révèlent ainsi les limites des modèles économiques proposés.

Exemple du crypto-hiver 2022

Le crypto-hiver de 2022 illustre parfaitement les conséquences d’un bear market sur l’écosystème des cryptomonnaies. Cette année-là, la Réserve fédérale américaine (FED) a fortement augmenté ses taux d’intérêt, rendant les placements risqués moins attractifs et affectant directement les cryptomonnaies. En mai 2022, le stablecoin TerraUSD, censé maintenir une parité fixe avec le dollar, s’est effondré, entraînant des pertes massives pour les investisseurs. En novembre de la même année, la plateforme d’échange FTX a fait faillite, révélant des pratiques frauduleuses et une gestion opaque. Au total, le marché des cryptoactifs a perdu 60 % de sa valorisation en 2022, et le bitcoin a chuté de 66 %. Ces événements ont mis en lumière la fragilité de certains acteurs et modèles de l’écosystème.

Filtre pour l'écosystème

Un bear market agit comme un filtre naturel pour l’écosystème des cryptomonnaies. Il élimine les acteurs les moins solides ou les modèles économiques non viables, tout en renforçant ceux qui résistent. Par exemple, les stablecoins, conçus pour maintenir une valeur stable par rapport à une monnaie comme le dollar, ont vu leur part dans la capitalisation totale du marché des cryptoactifs passer de 7 % à près de 20 % en 2022. À l’inverse, des promesses initiales comme celle d’un système de paiement décentralisé ou d’une réserve de valeur universelle ont été remises en question. Ainsi, les bear markets permettent de distinguer les usages durables des cryptomonnaies de ceux qui relèvent davantage de l’engouement spéculatif.

Régulation renforcée

Les bear markets ont également un impact sur la régulation des marchés financiers, y compris celui des cryptomonnaies. Par exemple, en janvier 2024, les autorités américaines ont autorisé onze produits financiers permettant d’investir dans le bitcoin sans avoir à l’acheter directement, comme les fonds de BlackRock et Fidelity. En Europe, le règlement Mica (Markets in Crypto-Assets Regulation), entré en vigueur le 1er juillet 2026, impose aux plateformes d’échange de cryptomonnaies des exigences strictes en matière de transparence, de gouvernance et de protection des clients. Ces mesures visent à renforcer la confiance dans un marché souvent critiqué pour son manque de stabilité et ses risques systémiques. Les bear markets accélèrent ainsi l’adoption de cadres réglementaires plus stricts.

Ce que ça pourrait changer

Les *bear markets* soulèvent une question centrale pour l’avenir des cryptomonnaies : quels acteurs, quels modèles et quels usages résisteront à une nouvelle phase de baisse ? Bien qu’il soit impossible de prédire avec certitude quand surviendra la prochaine crise, ces périodes permettent d’observer la résilience de l’écosystème. Par exemple, les *stablecoins* ont trouvé une fonction concrète au sein même de l’écosystème crypto, tandis que le bitcoin reste principalement utilisé comme actif spéculatif. À l’inverse, des promesses comme celle d’une finance entièrement décentralisée ou d’un système de paiement universel ont été mises à mal. L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir jusqu’où les prix peuvent chuter, mais aussi de comprendre quelles innovations et quels acteurs émergeront renforcés de ces épreuves.

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