Un suspect du génocide rwandais est arrêté par la GRC à Ottawa
Laurent Nduwayezu aurait fui la justice de son pays en se cachant au Canada sous une fausse identité..
La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a arrêté le 22 juin 2026 à Ottawa un homme de 68 ans, Laurent Nduwayezu, soupçonné d’avoir participé au génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Il vivait au Canada depuis 1996 sous une fausse identité, Roland Nduwoyo, et aurait séjourné principalement au Nouveau-Brunswick avant de s’installer près d’Ottawa. Le suspect est visé par 16 chefs d’accusation liés à l’usage d’un faux nom et à une demande de passeport frauduleuse. L’enquête de la GRC, lancée en décembre 2021 après un signalement anonyme, a permis de confirmer son identité grâce à des prélèvements d’ADN réalisés au Rwanda. Le Canada a collaboré avec les autorités rwandaises pour mener à bien cette arrestation, réaffirmant que les criminels de guerre ne sont pas les bienvenus sur son territoire.
Selon le ministère public du Rwanda, Laurent Nduwayezu est accusé de génocide, de complicité de génocide, de complot en vue de commettre un génocide, d’extermination en tant que crime contre l’humanité et de meurtre en tant que crime contre l’humanité. Ces accusations sont liées à son rôle présumé dans des massacres survenus en 1994 dans la commune de Rubavu, dans le nord-ouest du Rwanda. Les autorités rwandaises affirment également qu’il aurait participé à des réunions où des listes de Tutsis à tuer étaient établies. Ces crimes s’inscrivent dans le contexte du génocide rwandais, qui a duré 100 jours à partir du 7 avril 1994 et a causé la mort d’environ 800 000 personnes, majoritairement des Tutsis, mais aussi des Hutus et des opposants au régime.
Le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 est un événement historique marqué par l’extermination systématique d’une partie de la population par des milices et des forces gouvernementales hutues. Ce conflit ethnique, qui a duré du 7 avril au 17 juillet 1994, a fait environ 800 000 morts selon l’ONU. Les victimes étaient principalement des Tutsis, mais aussi des Hutus modérés et d’autres opposants politiques. Le génocide a pris fin avec la victoire du Front patriotique rwandais (FPR), dirigé par l’actuel président Paul Kagame. Depuis, le Rwanda cherche à traduire en justice les responsables, mais beaucoup ont fui à l’étranger, dont certains au Canada. À ce jour, environ 1 200 personnes impliquées dans ce génocide vivraient en exil dans le monde, dont une douzaine au Canada selon le haut-commissaire rwandais.
L’arrestation de Laurent Nduwayezu est saluée par la communauté rwandaise au Canada, notamment par Philibert Muzima, survivant du génocide dont les parents, quatre sœurs et deux frères ont été assassinés. Muzima souligne que chaque génocidaire non jugé représente une injustice pour les victimes et leurs familles. Il rappelle que les témoignages des survivants et des témoins sont essentiels pour rendre justice, mais que le temps presse : les accusés vieillissent et les souvenirs s’estompent. Le Canada, qui n’a pas d’accord d’extradition avec le Rwanda, collabore cependant avec ce pays pour faciliter les procès. Le haut-commissaire rwandais Prosper Higiro insiste sur l’importance que les procès se déroulent au Rwanda, afin de permettre aux familles des victimes de participer et de préserver la mémoire collective.
L’arrestation de Laurent Nduwayezu illustre la coopération entre le Canada et le Rwanda dans la lutte contre l’impunité des criminels de guerre. Bien que le Canada ne dispose pas d’accord d’extradition avec le Rwanda, les deux pays collaborent sur le plan judiciaire. Les autorités canadiennes ont mené une enquête de cinq ans, avec l’appui des services rwandais, pour confirmer l’identité du suspect et rassembler des preuves. Le surintendant Jérémie Landry de la GRC a souligné que le Canada ne constitue pas un refuge pour les criminels de guerre, de génocide ou de torture. Cette affaire rappelle celle de Léon Mugesera, un autre Rwandais installé au Québec, dont l’extradition au Rwanda a pris 15 ans avant d’aboutir à une condamnation à la prison à perpétuité en 2016.
Malgré cette arrestation, de nombreux défis persistent dans la quête de justice pour les victimes du génocide rwandais. Philibert Muzima, survivant et membre de l’association *Humura*, estime que la justice reste trop lente et que beaucoup de responsables pourraient encore se cacher au Canada ou ailleurs. Il insiste sur la nécessité de soutenir les rescapés, dont les besoins en santé mentale sont importants pour la reconstruction. Le haut-commissaire rwandais Prosper Higiro a confirmé que douze autres personnes vivant au Canada feraient l’objet de mandats d’arrêt internationaux. À l’échelle mondiale, environ 1 200 fugitifs seraient encore en cavale. La mémoire des crimes commis en 1994 reste vive, mais le temps presse pour que les responsables répondent de leurs actes.

