The world’s first influencers were French and they emerged after the Revolution
A painting by Jacques-Louis David of French socialite and Neoclassical icon Madame Récamier whose salon in Paris attracted leading literary and political circles in the early 19th-century. Wikimedia In 1806, the Parisian gastronome Grimod de la Reynière launched a new periodical, the Journal des Gourmands et des Belles in post-revolutionary France.
Après la Révolution française (1789), une nouvelle catégorie d’influenceurs émerge en France, proposant des guides de vie mêlant gastronomie, mode et vie théâtrale. Parmi eux, Grimod de la Reynière lance en 1806 le Journal des Gourmands et des Belles, un périodique pionnier combinant conseils pratiques et critiques sociales. Ces figures, souvent d’anciens nobles ou bourgeois, se reconvertissent dans l’écriture ou l’édition pour répondre à une demande croissante de repères dans une société en pleine recomposition. Leur rôle est de définir les codes d’une nouvelle élite, où le statut social n’est plus héréditaire mais dépend de la capacité à adopter les bonnes manières et les bons goûts. Ce phénomène reflète une mobilité sociale sans précédent, où les trajectoires individuelles deviennent aussi importantes que les origines.
Avant 1789, les manuels de conduite et les guides gastronomiques s’adressaient à une noblesse déjà établie, cherchant à affiner son image pour se distinguer. Après la Révolution, ces ouvrages s’adressent à une population dont le statut est incertain ou nouvellement acquis, comme les anciens prêtres devenus éditeurs ou les avocats reconvertis en critiques culinaires. La question centrale n’est plus comment bien se comporter dans la société ? mais comment appartenir à cette société ?. Cette évolution est liée à la disparition des repères traditionnels et à l’émergence d’une classe moyenne ambitieuse, avide de reconnaissance sociale. Les influenceurs de l’époque deviennent ainsi des médiateurs entre les anciens codes aristocratiques et les nouvelles attentes d’une société en mutation.
Dans la France post-révolutionnaire, des figures comme Grimod de la Reynière ou Pierre de La Mésangère, ancien prêtre devenu éditeur du Journal des Dames et des Modes (1797-1831), deviennent des références en matière de goût. Leur influence s’étend à tous les aspects de la vie quotidienne : alimentation, mode, décoration intérieure. Napoléon soutient activement cette dynamique en relançant les industries du luxe (soie, meubles, porcelaine) pour des raisons à la fois économiques et politiques. Les architectes Charles Percier et Pierre Fontaine codifient quant à eux le style Empire (1800-1815), un ensemble de règles esthétiques destinées à une élite en quête de légitimité culturelle. Ces arbitres du goût ne se contentent pas de donner des conseils : ils définissent une nouvelle norme sociale.
Avant la Révolution, les tendances vestimentaires étaient dictées par les favorites royales comme Madame de Pompadour ou Marie-Antoinette. Après 1789, cette influence passe aux mains des épouses de financiers et de nobles, comme Juliette Récamier ou Thérésa Tallien. Parmi elles, Fortunée Hamelin, une créole originaire de Saint-Domingue, incarne l’esprit des Merveilleuses (1795-1799), un groupe de femmes dont les tenues néoclassiques et les salons deviennent des références absolues. Leur style, marqué par des tuniques légères et des coiffures extravagantes, est largement imité et commenté dans la presse. Ces femmes transforment la mode en un outil de pouvoir social, où l’apparence devient un moyen de s’imposer dans une société où les hiérarchies traditionnelles sont remises en cause.
L’Angleterre connaît aussi des figures similaires, comme le dandy Beau Brummell (1778-1840), qui impose son style vestimentaire au prince de Galles, ou Emma Hamilton, ancienne fille de forgeron devenue une icône européenne grâce à ses portraits par George Romney. Cependant, la société britannique absorbe progressivement ses nouveaux riches sans bouleversement radical, contrairement à la France où la Révolution a provoqué une recomposition sociale brutale. En France, l’absence de repères communs entre anciens nobles, nouveaux riches et militaires rend les influenceurs indispensables pour établir une culture commune. Cette différence explique pourquoi le phénomène des influenceurs, bien que présent ailleurs, est souvent associé à la France post-révolutionnaire.
Napoléon joue un rôle clé dans la promotion des influenceurs et du luxe en France. Dès 1808, il crée une noblesse impériale pour récompenser ses fidèles, mais cette nouvelle élite manque souvent des codes culturels traditionnels. Les architectes Percier et Fontaine, ainsi que les guides comme celui de Grimod de la Reynière, deviennent alors des mentors pour ces nouveaux aristocrates. Par ailleurs, Napoléon encourage la reprise des industries du luxe (soie, meubles, joaillerie) pour relancer l’économie et renforcer son pouvoir politique. La création des restaurants, invention parisienne de l’époque révolutionnaire, offre aussi un espace public où le goût peut être exhibé et jugé, renforçant l’importance des guides de consommation. Ces mesures transforment la France en un laboratoire du style, où le goût devient un outil de cohésion sociale.
Les influenceurs contemporains, avec leurs comptes Instagram ou TikTok, perpétuent une tradition née en France après 1789. Grimod de la Reynière et ses contemporains ont inventé l’idée que le goût n’est pas une question de hasard, mais d’apprentissage et d’imitation. Leur approche, qui mêle conseils pratiques, critiques et mise en scène de soi, préfigure les stratégies des influenceurs d’aujourd’hui. La différence majeure réside dans les canaux de diffusion : hier, les salons et les journaux ; aujourd’hui, les réseaux sociaux. Cependant, le principe reste le même : proposer un modèle de vie à suivre pour s’intégrer dans une société en constante évolution. Cette continuité montre que l’influence n’est pas un phénomène récent, mais une pratique ancrée dans l’histoire culturelle européenne.

