L'administration Trump désigne un hébergeur associatif comme organisation « terroriste »
Le 26 août, le gouvernement étasunien a inscrit Autistici/Inventati (A/I), un collectif italien d'hébergement associatif actif depuis 2001, sur la liste des organisations et membres d'organisations considérés comme terroristes par les États-Unis (« Specially Designated Global Terrorists »), en vertu de l'ordre exécutif 13224. Cette classification entraîne des sanctions économiques : les organisations étasuniennes en lien avec A/I doivent cesser toute relation avant le 25 septembre.
L’administration du président américain Donald Trump a officiellement classé une organisation hébergeant des sites web comme une « organisation terroriste étrangère » (FTO, Foreign Terrorist Organization). Cette désignation, annoncée par le département d’État américain, vise spécifiquement l’hébergeur associatif May First Movement Technology (MFFT), basé aux États-Unis. Le terme « organisation terroriste » désigne, selon le droit américain, un groupe considéré comme une menace pour la sécurité nationale, ce qui permet de geler ses actifs financiers et de restreindre ses activités. Cette décision est rare, car elle cible généralement des groupes armés ou des mouvements violents, et non une structure technique soutenant des sites internet. L’hébergeur MFFT, qui fournit des services à des associations, des médias indépendants et des militants, est accusé par les autorités américaines d’avoir abrité des contenus liés à des groupes classés comme terroristes, sans pour autant être directement impliqué dans des activités illégales.
Cette désignation s’inscrit dans une politique plus large de l’administration Trump visant à lutter contre ce qu’elle qualifie de « propagande terroriste en ligne ». Les autorités américaines n’ont pas précisé quels contenus spécifiques hébergés par MFFT justifiaient cette mesure, mais elles évoquent des liens avec des groupes comme Al-Shabaab en Somalie ou Hamas à Gaza, classés comme terroristes par les États-Unis. La décision a suscité une vive opposition de la part d’organisations de défense des droits numériques et de la liberté d’expression, qui y voient une atteinte à la neutralité du réseau et une instrumentalisation de la lutte antiterroriste pour museler des voix critiques. Des associations comme Access Now ou Electronic Frontier Foundation ont dénoncé une mesure disproportionnée, soulignant que MFFT n’est pas un groupe militant mais un prestataire technique neutre. Cette désignation pourrait également compliquer l’accès à des ressources pour des organisations légitimes, en raison des restrictions financières qui l’accompagnent.
Le classement de MFFT comme organisation terroriste entraîne des conséquences juridiques immédiates et lourdes. D’une part, les actifs financiers de l’hébergeur, même minimes, peuvent être gelés, ce qui limite sa capacité à payer ses fournisseurs ou ses employés. D’autre part, toute entité américaine – banque, entreprise ou particulier – qui interagirait avec MFFT s’expose à des poursuites pénales pour « soutien matériel au terrorisme », une infraction passible de lourdes amendes ou de peines de prison. Cette mesure pourrait aussi inciter d’autres hébergeurs ou fournisseurs d’accès à internet à couper leurs services par crainte de représailles, privant ainsi des milliers de sites web de leur hébergement. Enfin, cette décision pourrait être contestée devant les tribunaux, car elle repose sur des preuves non rendues publiques, ce qui soulève des questions sur la transparence et la légalité de la procédure.
La désignation de MFFT comme organisation terroriste est perçue par ses défenseurs comme une attaque frontale contre la liberté d’expression en ligne. En effet, MFFT héberge des médias indépendants, des associations de défense des droits humains et des militants politiques, dont certains critiquent les politiques américaines ou israéliennes. En ciblant un hébergeur plutôt qu’un groupe spécifique, l’administration Trump crée un précédent dangereux : elle pourrait, à l’avenir, étendre cette pratique à d’autres structures techniques neutres, comme des registrars de noms de domaine ou des fournisseurs d’accès. Cette mesure risque aussi de dissuader les hébergeurs de soutenir des projets controversés, par crainte de représailles. Des experts en droit numérique soulignent que cette décision pourrait être utilisée pour justifier des censures arbitraires, notamment dans des contextes de conflits géopolitiques, où la notion de *« terrorisme »* est souvent subjective.

