Draco : ce satellite suicidaire va filmer sa propre destruction de l’intérieur pour la bonne cause
L'Agence spatiale européenne construit Draco, un satellite conçu pour se désintégrer en rentrant dans l'atmosphère, tout en filmant sa propre destruction de l'intérieur. Le but : apprendre à fabriquer des engins qui brûlent plus proprement et polluent moins nos orbites..
La mission Draco, pilotée par l’Agence spatiale européenne (ESA), consiste à envoyer un satellite de la taille d’une machine à laver (150 à 200 kg) dans l’atmosphère terrestre pour qu’il s’y désintègre tout en filmant sa propre destruction de l’intérieur. Contrairement aux satellites classiques, Draco n’a ni propulsion, ni système de navigation, ni moyen de communication. Son objectif principal est d’étudier les mécanismes d’une rentrée atmosphérique – le phénomène où un objet spatial, attiré par la gravité, brûle en traversant les couches denses de l’atmosphère. Cette rentrée est simulée en plongeant Draco à 1 000 km d’altitude, une altitude bien supérieure à celle de la Station spatiale internationale (ISS) ou des satellites Starlink. La mission est prévue pour 2027, après des tests finaux en 2026.
Pour que les données collectées survivent à la destruction du satellite, Draco intègre une capsule centrale de 40 cm de diamètre, conçue pour résister aux conditions extrêmes d’une rentrée atmosphérique. Cette capsule est protégée par un bouclier thermique fabriqué en liège portugais, un matériau léger et résistant à la chaleur, testé dans des souffleries à plasma simulant les températures de 2 000 °C rencontrées lors d’une rentrée. À l’intérieur, 200 capteurs et 4 caméras enregistrent en temps réel la température, la pression, la vitesse de chute et les contraintes structurelles. La capsule doit se détacher du satellite au bon moment pour éviter d’être détruite avec lui, tout en restant stable grâce à une forme aérodynamique optimisée.
Une fois séparée du satellite, la capsule doit stabiliser sa chute, larguer sa coque arrière à 10 km d’altitude et déployer un parachute pour ralentir sa descente. Elle chute ensuite pendant environ 20 minutes avant d’atterrir dans l’océan, où elle ne sera pas récupérée. Pendant cette phase, la capsule transmet entre 20 Mo et 1 Go de données à un satellite relais en orbite. Si la transmission échoue, les données sont perdues. Pour sécuriser l’expérience, l’ESA prévoit aussi une observation depuis un avion, équipé de caméras et de capteurs pour compléter les mesures. La capsule libère également des matériaux marqueurs produisant des étincelles vertes, facilitant son suivi visuel depuis le sol.
L’enjeu de la mission Draco s’inscrit dans la lutte contre les débris spatiaux, un problème croissant avec le développement des méga-constellations comme Starlink. Selon un rapport de l’ESA en 2025, environ 40 000 objets sont suivis en orbite terrestre, dont seulement 11 000 satellites actifs. Les autres sont des débris, dont plus de 1,2 million mesurent plus d’un centimètre – une taille suffisante pour endommager un satellite en cas de collision. Chaque jour, en moyenne, plus de trois satellites ou débris rentrent dans l’atmosphère et se désintègrent partiellement. L’ESA vise le zéro débris pour ses missions d’ici 2030, en adoptant une approche appelée design for demise : concevoir des engins qui se détruisent entièrement lors de leur rentrée, limitant ainsi les risques au sol et en orbite.
La mission Draco est menée avec un budget modeste à l’échelle spatiale : le contrat initial avec l’entreprise *Deimos* s’élevait à 3 millions d’euros, avant d’être repris par l’industriel *Indra*. Malgré ce budget limité, l’ESA assume un certain niveau de risque, reconnaissant que l’échec reste possible. Parmi les défis techniques, la capsule doit se stabiliser seule sans système de contrôle actif, et sa forme doit lui permettre de résister à une rotation de plus de cinq tours par seconde lors de la rentrée. Avant le lancement prévu en 2027, la capsule doit subir des tests supplémentaires, dont un largage de parachute depuis un ballon à 25 km d’altitude d’ici fin 2026. Si ces tests sont concluants, Draco servira de référence pour les futurs satellites conçus pour une destruction propre.

