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Géopolitique

À Moscou, l’histoire du goulag remplacée par celle du “génocide du peuple soviétique”

Courrier International · mis à jour il y a 14 j

La ville de Moscou a inauguré le 22 juin un musée consacré aux “victimes du génocide du peuple soviétique”, selon la terminologie employée par le pouvoir. Ce nouveau parcours d’exposition sur les crimes commis par les nazis sur le territoire de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale remplace celui qui racontait, jusqu’à sa fermeture en 2024, l’histoire du goulag et des déportations de l’époque stalinienne.

Nouveau musée à Moscou

Le 22 juin 2026, Moscou a inauguré un musée appelé Musée de la Mémoire, installé dans l’ancien bâtiment du musée de l’Histoire du goulag, fermé en novembre 2024. Ce nouveau lieu se présente comme le premier musée national dédié aux victimes du génocide du peuple soviétique, selon la terminologie officielle. Le terme génocide désigne ici des crimes de masse, mais son usage est controversé car il implique une volonté délibérée d’extermination, un concept généralement associé aux crimes nazis ou au Rwanda. Le musée remplace ainsi une institution qui documentait les répressions du régime stalinien, comme le goulag, un système de camps de travail forcé où des millions de personnes ont été déportées sous Staline. La presse indépendante russe, comme le journal Novaïa Gazeta, souligne que le bâtiment conserve la même apparence extérieure, mais que son intérieur et son message ont été radicalement transformés.

Fermeture du musée du goulag

Le musée de l’Histoire du goulag, unique en Russie à documenter les crimes du stalinisme, a été fermé en novembre 2024 sous prétexte d’une violation des règles de sécurité anti-incendie. Cette fermeture a été perçue comme une décision politique plutôt que technique, d’autant que le musée n’a jamais rouvert. Son directeur a été limogé et ses collections envoyées aux archives. Le goulag (acronyme russe pour Direction générale des camps) était un réseau de camps de travail forcé où des opposants politiques, des paysans, des intellectuels et des minorités ethniques ont été emprisonnés entre les années 1930 et 1950. Des historiens estiment que plusieurs millions de personnes y ont péri, principalement de faim, de froid ou d’épuisement. Le démontage de symboles comme un mirador rapporté d’un camp de la Kolyma, en Extrême-Orient russe, et la suppression d’écriteaux racontant des destins de détenus illustrent cette réorientation mémorielle.

Réécriture de l'histoire officielle

Le nouveau musée se concentre sur les crimes commis par les nazis sur le territoire de l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment l’invasion de 1941 et l’occupation de régions comme la Biélorussie ou l’Ukraine. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large du pouvoir russe actuel, qui cherche à minimiser les crimes du stalinisme au profit d’une narration centrée sur la Grande Guerre patriotique (nom russe de la Seconde Guerre mondiale) et la résistance soviétique. Le terme génocide du peuple soviétique est utilisé pour désigner les victimes civiles et militaires de cette période, un concept qui efface partiellement les responsabilités du régime stalinien dans les répressions internes. Cette réécriture s’accompagne d’une censure des médias indépendants et d’une instrumentalisation de la mémoire historique à des fins politiques, selon les observateurs.

Réactions de la presse russe

La presse indépendante russe, comme Novaïa Gazeta, exprime son inquiétude face à cette transformation. Le journal souligne que le musée, bien que situé dans les mêmes locaux, a été vidé de son contenu initial : plus de panneaux évoquant les destins des détenus du goulag, plus de symboles comme le mirador, et une réorganisation complète des espaces. Cette modification reflète une volonté politique de contrôler la mémoire collective en Russie. Le pouvoir justifie cette réorientation par la nécessité de préserver la mémoire des victimes, mais les critiques y voient une tentative de réécrire l’histoire pour servir une narrative nationale où l’État soviétique est présenté comme une victime plutôt qu’un bourreau. Cette approche s’inscrit dans un contexte où les autorités russes cherchent à renforcer l’unité nationale autour d’un récit historique simplifié.

Ce que ça pourrait changer

Cette transformation du musée s’inscrit dans une politique plus large de contrôle de la mémoire historique en Russie, où les crimes du stalinisme sont de plus en plus minimisés ou niés. En 2026, les autorités russes ont également annoncé le démontage de statues de figures dissidentes comme l’écrivain Alexandre Soljenitsyne, auteur de *L’Archipel du Goulag*, qui avait dénoncé ces crimes. Cette stratégie vise à présenter la Russie comme une victime de l’histoire plutôt que comme un acteur de répression. Le musée de la Mémoire, avec son discours sur le *génocide du peuple soviétique*, s’aligne sur cette vision, où la Seconde Guerre mondiale devient le seul conflit légitime à commémorer, au détriment des autres périodes de l’histoire russe. Cette réécriture s’accompagne d’une restriction de la liberté de la presse et d’une surveillance accrue des institutions culturelles.

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