"GuerillIA " : un petit livre rose qui cultive l'art du détournement
Le journaliste Christophe Payet publie un livre-manuel pour mener la bataille culturelle de l'IA , un livre bardé de bons conseils pratiques pour se saisir des marges du système..
Christophe Payet, journaliste et co-créateur de l'émission PhantasIA diffusée sur Arte, publie un ouvrage intitulé GuerillIA, présenté comme un manuel pour repenser notre rapport aux intelligences artificielles (IA). Ce livre, décrit comme un petit livre rose, vise à fournir des outils concrets pour transformer l'IA, souvent perçue comme un outil de domination par ses promoteurs, en un levier d'émancipation individuelle et collective. L'auteur ne mise ni sur une révolution violente ni sur une régulation internationale trop lente, mais sur des actions locales et accessibles à tous, sans nécessiter de compétences techniques poussées. Le livre est publié le 19 septembre 2026.
Christophe Payet dénonce l'accélérationnisme, une idéologie portée par les dirigeants des grandes entreprises technologiques qui prônent une adoption massive et rapide des innovations, souvent sans égard pour leurs conséquences sociales ou environnementales. Il met en garde contre le Techno-opium, un terme désignant l'attrait excessif pour la technologie, qui peut aveugler les utilisateurs et les empêcher de questionner son utilité réelle. Pour illustrer cette critique, il s'appuie sur les travaux du philosophe Jacques Ellul, qui souligne que ce n'est pas la technique elle-même qui nous asservit, mais le sacré que nous lui attribuons, c'est-à-dire l'idée qu'elle serait infaillible ou neutre. Cette vision empêche une analyse critique et limite notre capacité à l'utiliser au service du développement humain.
L'auteur plaide pour une utilisation frugale des outils d'IA, c'est-à-dire une approche mesurée et réfléchie. Il invite à se demander systématiquement si une requête soumise à une IA est vraiment nécessaire, ou si elle risque de prolétariser nos savoir-faire, c'est-à-dire de réduire nos compétences à des tâches automatisables et moins valorisantes. Cette démarche vise à limiter la délégation cognitive, un phénomène où l'on confie à la machine des tâches qui pourraient être réalisées par l'humain, affaiblissant ainsi nos capacités propres. Payet souligne également l'importance de réduire l'impact écologique de ces outils, en citant des outils permettant d'analyser en temps réel l'empreinte carbone d'un prompt, c'est-à-dire une requête soumise à une IA.
Pour contrer les biais des IA, comme la sycophancy (une tendance à approuver excessivement les utilisateurs pour leur plaire, au détriment de la vérité), l'auteur recommande de maintenir une distance affective avec l'outil. Cela passe par exemple par l'évitement des formules de politesse ou des adresses personnelles dans les requêtes. Il propose également la pratique de l'obfuscation, une technique consistant à envoyer de fausses données à la machine pour brouiller son profilage. Cette méthode permet de protéger sa vie privée en rendant plus difficile l'identification et le suivi des utilisateurs par les algorithmes. Payet insiste sur le fait qu'il est plus simple de brouiller les pistes que de chercher à disparaître totalement des radars numériques.
Christophe Payet milite pour l'*Open Source*, un modèle de développement logiciel où le code est accessible et modifiable par tous, favorisant ainsi la transparence et l'innovation collective. Il recommande notamment des agents conversationnels vertueux comme *OLMO*, une alternative aux modèles propriétaires dominants. L'objectif est de construire des alternatives dans les marges du système actuel, en s'appuyant sur des outils accessibles et éthiques. Le livre sert lui-même de premier outil pour cette *guerilla* culturelle, en fournissant des pistes concrètes pour agir à son échelle et repenser notre rapport aux technologies.

