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Culture

Un portrait de Feliza Bursztyn, sculptrice d’avant-garde

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 11 j

Dans son dernier roman, Juan Gabriel Vásquez retrace le destin de la sculptrice Feliza Bursztyn. Fille d’immigrés juifs polonais, élève de Giacometti et César, exilée pour ses engagements politiques, elle traverse deuils, passions et violence dans la Colombie du XXe siècle..

Feliza Bursztyn, une artiste libre

Feliza Bursztyn (1933–1982) était une sculptrice colombienne d’avant-garde, reconnue pour son parcours artistique et personnel marqué par la liberté et la rébellion. Fille d’immigrés juifs polonais installés en Colombie, elle a étudié auprès de grands maîtres comme Alberto Giacometti et César Baldaccini en Europe. Son œuvre, souvent associée à l’art contemporain latino-américain, reflète une quête d’identité et d’émancipation, tant sur le plan artistique que personnel. Bursztyn a vécu dans un contexte historique tumultueux, entre les violences politiques en Colombie et les bouleversements sociaux du XXe siècle. Son histoire, reconstituée par l’écrivain Juan Gabriel Vásquez dans son roman Les noms de Feliza, illustre comment une femme peut façonner son destin malgré les contraintes sociales et politiques de son époque.

Un roman-enquête de Vásquez

Juan Gabriel Vásquez, écrivain colombien contemporain, a consacré près de vingt ans à enquêter sur la vie de Feliza Bursztyn pour écrire Les noms de Feliza, publié en 2025. Ce roman ne se limite pas à une biographie classique : il mêle archives, témoignages et fiction pour explorer les zones d’ombre de cette artiste, notamment les circonstances de sa mort à Paris en 1982, officiellement déclarée comme étant due à une « tristesse » inexpliquée. Plutôt que de fournir une réponse définitive, l’auteur utilise ce mystère comme fil conducteur pour interroger les multiples facettes de l’identité, de l’exil et de la création artistique. Le livre s’inscrit dans une démarche littéraire où la fiction sert à combler les silences de l’histoire.

Paris, refuge et laboratoire

Paris joue un rôle central dans la vie de Feliza Bursztyn, comme un espace de liberté et de réinvention. La capitale française lui offre une échappatoire à plusieurs reprises : d’abord en lui permettant de quitter un mariage oppressant, puis en lui offrant un refuge face aux tensions politiques en Colombie. Dans les années 1960–1970, Paris était un carrefour pour les artistes et intellectuels latino-américains, attirés par son dynamisme culturel. Bursztyn y côtoie des figures comme Julio Cortázar ou Gabriel García Márquez, tout en cherchant à s’affranchir des normes de genre et de nationalité. Pour elle, la ville symbolise la possibilité de « contrôler son identité » et de devenir pleinement une artiste et une femme libre, loin des attentes de sa société d’origine.

L’avant-garde artistique latino

Feliza Bursztyn s’inscrit dans le mouvement de l’avant-garde artistique latino-américaine, une scène marquée par des expérimentations radicales et une volonté de rompre avec les traditions académiques. Son travail, souvent associé à l’art contemporain et au nouveau réalisme, explore des matériaux et des formes innovants, reflétant les bouleversements politiques et sociaux de son époque. En Colombie, son engagement artistique s’inscrit dans un contexte de violence et d’instabilité, notamment pendant La Violencia (1948–1958), une période de conflit civil qui a profondément marqué le pays. Bursztyn, par son art, incarne cette quête de sens et de résistance face aux forces oppressives, qu’elles soient politiques, sociales ou personnelles.

Un destin marqué par l’exil

L’exil est un thème récurrent dans la vie de Feliza Bursztyn. Qu’il soit choisi ou subi, il façonne son parcours. Après avoir quitté la Colombie pour étudier en Europe, elle s’installe définitivement à Paris en 1970, fuyant les tensions politiques et un milieu familial étouffant. Son exil n’est pas seulement géographique : il est aussi une rupture avec les normes de genre et les attentes sociales de son époque. En Colombie, son statut de femme artiste, juive et d’origine étrangère la marginalise. À Paris, elle tente de se reconstruire, mais son histoire reste marquée par des deuils, des passions et une quête permanente de liberté. Son décès en 1982, dans des circonstances troubles, ajoute une dimension tragique à son récit.

Ce que ça pourrait changer

Pour reconstituer la vie de Feliza Bursztyn, Juan Gabriel Vásquez a adopté une méthode hybride, mêlant enquête journalistique et création littéraire. Il a passé près de vingt-huit ans à rassembler des archives, des témoignages et des documents, tout en laissant une large place à l’interprétation. Plutôt que de chercher une vérité absolue, il explore les contradictions et les silences de cette existence, utilisant la fiction pour donner une voix à une femme qui a toujours refusé de se laisser définir par les autres. Cette approche reflète une tendance contemporaine en littérature, où les frontières entre biographie, roman et essai s’estompent pour offrir une vision plus nuancée et subjective de l’histoire.

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