En faisant des travaux, des ouvriers découvrent une coque de bateau médiévale qui réécrit nos connaissances du commerce à cette époque
À Wijk bij Duurstede, des travaux routiers ont mis au jour des vestiges en bois qui pourraient appartenir à un navire viking, offrant de nouvelles perspectives sur le commerce médiéval dans cette région stratégique..
À Wijk bij Duurstede, aux Pays-Bas, des travaux routiers ordinaires pour remplacer des égouts et installer une wadi (dispositif de gestion des eaux de pluie) ont révélé une découverte archéologique majeure. Une grande pièce de bois de 3,20 mètres de long et 30 centimètres d’épaisseur, enfouie sous une rue, a attiré l’attention d’un amateur éclairé, Danny van Basten, membre du groupe ArcheoTeam Wijk bij Duurstede. Ce bois, identifié comme une membrure (ou spant), une partie structurante de la coque d’un bateau, pourrait appartenir à un navire médiéval. Les archéologues locaux, coordonnés par Anne de Hoop, ont immédiatement pris le relais pour extraire et analyser la pièce avec prudence, afin d’éviter tout dommage lié à un séchage brutal.
La valeur de cette découverte tient à son emplacement : Wijk bij Duurstede correspond à l’ancienne ville de Dorestad, un centre commercial majeur en Europe du Nord entre le VIIe et le IXe siècle. Ce port stratégique reliait les réseaux fluviaux du Rhin aux routes maritimes de la mer du Nord, facilitant les échanges de céramiques, textiles, métaux et objets de valeur entre le monde franc, les Scandinaves et d’autres régions. Dorestad fut une cible prisée des Vikings, notamment lors d’un raid en 834, ce qui ajoute une dimension politique et militaire à la découverte. Aucun vestige comparable n’avait encore été identifié dans cette ville.
Les spécialistes envisagent deux hypothèses principales pour dater et attribuer ce bateau. La première le lie à la période carolingienne (entre 700 et 900), une époque où Dorestad était en contact avec les Scandinaves, ce qui pourrait expliquer une origine viking. La seconde hypothèse suggère qu’il s’agirait d’une cogue médiévale, un type de navire marchand utilisé plus tard, vers le XIIIe siècle ou 1300. Ces deux possibilités changent radicalement l’interprétation : le bateau pourrait témoigner soit des premiers échanges commerciaux avec les Vikings, soit d’une phase ultérieure du commerce nord-européen. Les analyses en cours, notamment la dendrochronologie (étude des cernes du bois), permettront de trancher.
Pour dater et comprendre l’origine de ce bois, les archéologues utilisent plusieurs techniques. La dendrochronologie, qui étudie les cernes de croissance de l’arbre, permettra de déterminer l’âge de l’arbre au moment de son abattage et éventuellement son origine géographique, si des références régionales existent. Les archéologues procèdent également à un nettoyage progressif de la pièce pour éviter qu’elle ne se fissure ou ne se déforme. Ces méthodes scientifiques sont essentielles pour éviter les erreurs d’interprétation et pour reconstituer avec précision l’histoire de ce bateau.
Cette découverte offre une nouvelle perspective sur le commerce médiéval en Europe du Nord. Si le bateau s’avère lié aux Vikings, il confirmerait leur rôle dans les échanges, et pas seulement dans les raids, comme le suggère souvent l’histoire. Un navire retrouvé à Dorestad pourrait avoir servi au transport de marchandises, à la navigation entre comptoirs commerciaux ou même dans un contexte conflictuel. Les détails de la coque, comme l’épaisseur du bois, les entailles ou la courbure des membrures, révèlent des informations précieuses sur les techniques de construction navale, les routes empruntées et les charges transportées. Museum Dorestad prévoit d’exposer cette pièce après analyse, permettant au public de toucher du doigt l’histoire médiévale.

