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Comment la pollution de l’eau peut modifier les maladies parasitaires qui nous affectent

The Conversation France · mis à jour il y a 7 j

Dans une rivière, les polluants les plus préoccupants ne sont pas toujours visibles. Pesticides, résidus de médicaments, métaux et autres substances chimiques peuvent circuler à des concentrations trop faibles pour provoquer une mortalité immédiate des êtres vivants.

Pollution invisible des eaux

Les polluants présents dans les rivières, lacs ou marais ne sont pas toujours visibles à l'œil nu. Parmi eux, on trouve des pesticides, des résidus de médicaments, des métaux lourds ou encore des substances chimiques diverses. Ces contaminants, même à faible concentration, ne tuent pas immédiatement les organismes vivants mais peuvent modifier leur physiologie. Par exemple, ils peuvent altérer le fonctionnement de parasites comme ceux responsables de la schistosomiase, aussi appelée bilharziose, une maladie grave touchant plus de 230 millions de personnes dans le monde. Ces modifications physiologiques, souvent discrètes, peuvent avoir des conséquences inattendues sur la santé humaine et les écosystèmes.

Cycle du parasite Schistosoma

Le parasite Schistosoma est responsable de la schistosomiase, une maladie dont les complications peuvent aller jusqu'au cancer de la vessie. Ce parasite passe une partie de sa vie dans des milieux aquatiques comme les rivières ou les lacs, où il est exposé aux polluants. Il infecte ensuite les humains par contact avec une eau contaminée, sans que la victime ne s'en aperçoive. Une fois dans le corps humain, les larves se transforment en vers qui se nourrissent de globules rouges dans les vaisseaux sanguins. Les vers adultes pondent des milliers d'œufs, qui s'enkystent dans les organes comme le foie, provoquant des complications hépatiques graves. En 2013, plusieurs dizaines de personnes ont été contaminées en Corse après une baignade dans la rivière Cavu, marquant les premiers cas de transmission locale en Europe depuis plusieurs décennies.

Polluants et transmission

Les polluants agissent sur la transmission des maladies parasitaires de deux manières principales. D'abord, certains contaminants comme les engrais agricoles favorisent la prolifération des algues et des plantes aquatiques, dont se nourrissent les escargots hôtes intermédiaires des parasites. Cela augmente le nombre d'hôtes potentiels et, par conséquent, le nombre de parasites. Ensuite, les polluants peuvent affaiblir les prédateurs ou les compétiteurs des parasites, créant des conditions favorables à leur multiplication. Par exemple, les perturbateurs endocriniens, des molécules capables d'interagir avec le système hormonal, peuvent altérer le développement, la reproduction ou la physiologie des parasites sans nécessairement les tuer.

Effets subtils des contaminants

Les polluants n'agissent pas toujours en tuant les parasites. À faible concentration, certaines substances peuvent modifier des fonctions clés des parasites, comme leur capacité à se déplacer, à trouver un hôte, à l'infecter ou à se développer une fois à l'intérieur de celui-ci. Par exemple, le bisphénol A, un perturbateur endocrinien, peut altérer le développement du parasite dans l'escargot ainsi que la production des larves infectieuses. De même, le cadmium, un métal lourd, peut diminuer la capacité des larves à établir une infection chez leur hôte. Ces effets, souvent discrets et différés, peuvent passer inaperçus si l'on ne surveille que la survie immédiate des parasites.

Variabilité des réponses

Les effets des polluants sur les parasites varient fortement selon plusieurs facteurs : le type de contaminant, la dose, le stade de développement du parasite et les conditions d'exposition. Parfois, les parasites semblent relativement résistants à certains polluants, comme les schistosomes qui présentent une tolérance aux insecticides diazinon et imidaclopride. Cette variabilité introduit une complexité supplémentaire dans l'évaluation des risques sanitaires, car deux environnements écologiquement similaires mais chimiquement différents peuvent présenter des niveaux de risque très distincts pour la transmission des maladies parasitaires.

Mécanismes épigénétiques

Les mécanismes épigénétiques désignent des modifications de l'expression des gènes, sans altérer la séquence de l'ADN elle-même. Ces modifications, induites par des facteurs environnementaux comme les polluants, peuvent persister sur plusieurs générations et être transmises à la descendance. Chez le nématode Caenorhabditis elegans, certains contaminants induisent des modifications épigénétiques héritables. Bien que les données manquent encore pour les parasites aquatiques comme les schistosomes, ces mécanismes pourraient expliquer pourquoi deux parasites avec le même génome fonctionnent différemment selon leur exposition aux polluants.

Villes et risques sanitaires

Les villes, de plus en plus végétalisées pour lutter contre les îlots de chaleur et favoriser la biodiversité, deviennent aussi des zones de rencontre entre la faune sauvage, les vecteurs de maladies et les humains. Ces espaces verts urbains peuvent exposer les agents pathogènes, comme les parasites, à des polluants présents dans l'eau, les sols ou la végétation. Bien que l'impact de cette exposition sur la capacité des parasites à se transmettre ou à infecter un hôte reste mal connu, elle pourrait transformer certaines caractéristiques biologiques liées au risque sanitaire. L'enjeu est donc d'intégrer la qualité environnementale aux politiques de végétalisation et de surveillance sanitaire.

Ce que ça pourrait changer

La pollution de l'eau ne détermine pas à elle seule l'apparition ou l'extension d'une maladie parasitaire. Elle interagit avec d'autres facteurs comme le climat, les hôtes, les usages de l'eau et l'accès à l'assainissement. Cependant, elle pourrait modifier des maillons du cycle parasitaire rarement mesurés jusqu'à présent. Mieux protéger les écosystèmes d'eau douce et intégrer la qualité chimique de l'eau à la surveillance des maladies parasitaires permettraient de mieux anticiper les risques sanitaires dans un environnement soumis à des pressions croissantes. Les modèles actuels gagneraient à inclure davantage la qualité chimique des milieux aquatiques pour prédire plus précisément les risques de transmission.

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