Pisa 2025 : ces enseignements qui dérangent
Une des vertus des enquêtes triennales Pisa est de braquer le projecteur sur l’école, même si, dans un contexte préélectoral, le catastrophisme domine. La dernière ne fait pas exception.
Les résultats de l'enquête Pisa 2025 confirment que la France se situe dans la moyenne des pays développés, mais avec une baisse marquée des performances scolaires en mathématiques et en maîtrise de l'écrit. Cette dégradation n'est pas récente : elle s'observe depuis au moins vingt ans, avec une perte estimée à un an et demi ou deux ans de niveau en une décennie. Les élèves français obtiennent de bons résultats lorsqu'ils intègrent une classe de seconde générale ou technologique, mais ces élèves ne représentent que 65 % des jeunes de 15 ans testés. Les 35 % restants, répartis entre lycées professionnels et collèges (notamment à cause des redoublements), tirent les moyennes vers le bas. La France compte environ un tiers d'élèves en grande difficulté, contre 20 % dans les précédentes éditions de Pisa. Cette situation interroge le fonctionnement de l'école primaire et du collège, souvent pointés du doigt, plutôt que les lycées.
La baisse des performances scolaires en France ne concerne pas uniquement les élèves issus de milieux défavorisés. Elle touche également les enfants de cadres, dont le niveau en calcul est aujourd'hui inférieur à celui d'un enfant d'ouvrier ou d'employé il y a trente ans, selon le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan. Cette évolution montre que le système éducatif français peine à garantir des acquis solides à tous les élèves, quel que soit leur milieu social. Les causes de cette situation ne se limitent pas aux moyens financiers alloués à l'éducation, car d'autres pays, comme l'Allemagne, dépensent davantage sans obtenir de meilleurs résultats. L'article souligne que ce qui compte le plus, c'est la manière dont les enseignants interviennent en classe et les méthodes pédagogiques utilisées.
Les performances des élèves dépendent fortement des méthodes pédagogiques employées en classe. L'article cite l'exemple du Royaume-Uni, où des réformes ont intégré des leçons type pour les enseignants du primaire, comme les literacy hours (heures dédiées à la lecture) et les numeracy hours (heures dédiées aux mathématiques). Ces séances, initialement critiquées par les enseignants qui y voyaient une remise en cause de leur expertise, ont finalement été adoptées car elles ont permis d'améliorer les résultats des élèves. En France, les pratiques pédagogiques varient considérablement d'un établissement à l'autre, et certaines méthodes, dont l'efficacité est prouvée, sont moins utilisées. Les élèves les plus faibles et ceux issus de milieux défavorisés sont particulièrement sensibles à ces variations.
Les performances scolaires sont également influencées par des facteurs psychologiques, regroupés sous le terme de compétences socio-émotionnelles. Ces compétences incluent la confiance en soi, la persévérance, la curiosité, la capacité à collaborer et à gérer son stress. L'enquête Pisa montre que les élèves français ont un niveau d'anxiété élevé, notamment en mathématiques, ce qui affecte leurs résultats. Une étude de la Depp révèle que les élèves français ont une confiance moindre dans leur capacité à progresser, surtout au collège. Cette situation pourrait être liée au recrutement des professeurs des écoles, souvent issus de formations universitaires longues (bac+5), mais moins formés aux aspects psychologiques et pédagogiques. Les enquêtes Talis indiquent que les enseignants français se sentent moins efficaces pour motiver les élèves ou réduire les écarts entre eux.
Le climat dans les classes et les relations entre enseignants et élèves jouent un rôle clé dans les performances scolaires. L'enquête Pisa révèle que les élèves français reçoivent moins de retours individualisés sur leur travail et se sentent moins encouragés que dans d'autres pays. Ce manque de soutien affecte particulièrement les élèves les plus faibles et ceux issus de milieux défavorisés. Le climat scolaire influence également les compétences socio-émotionnelles et la motivation des élèves, ce qui explique en partie l'effet maître, un phénomène bien documenté selon lequel la qualité de l'enseignement a un impact direct sur les résultats. L'article souligne que les moyens matériels, bien que nécessaires, ne suffisent pas à résoudre les problèmes structurels du système éducatif français.
Pour améliorer les performances scolaires, les économistes proposent de mettre en place des réformes basées sur des objectifs chiffrés clairs, par niveau et par matière. Cela nécessiterait des évaluations nationales standardisées et régulières, une approche peu consensuelle en France. L'article cite l'exemple du Royaume-Uni, où l'intégration des résultats de la recherche pédagogique dans les directives données aux enseignants a permis des progrès. En France, la multiplicité des réformes et le manque de temps de concertation ou de formation continue pour les enseignants sont des sources de stress. Les enseignants français redoutent d'être perçus comme des *exécutants*, une crainte qui reflète les tensions autour de la liberté pédagogique et de l'autonomie des enseignants.

