Singapour paie ses citoyens pour qu'ils lisent des livres et lâchent un peu leur téléphone
La riche cité-État vient de lancer un programme de soutien à la lecture. Elle rémunère désormais ses habitants en monnaie virtuelle, pour chaque période de quinze minutes passée avec un bon roman..
Singapour est une cité-État d’Asie du Sud-Est, dirigée par un gouvernement autoritaire, avec une population de 5,9 millions d’habitants en 2023. Le pays est souvent cité pour son modèle économique performant, mais aussi pour son contrôle strict des libertés individuelles, notamment dans l’accès à internet. Les autorités locales, représentées par le National Arts Council (Conseil national des arts), cherchent à encourager la lecture pour contrer l’influence croissante des réseaux sociaux et des écrans sur la population. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire le temps passé sur les écrans, estimé à 7 heures par jour en moyenne pour les adultes singapouriens, selon des études locales.
Le gouvernement singapourien a lancé un programme pilote appelé Read & Ride (Lire et Rouler), qui récompense financièrement les citoyens pour leur engagement dans la lecture. Les participants reçoivent des Singapore Dollars (SGD) pour chaque livre lu et évalué sur une plateforme dédiée. Le montant alloué varie entre 1 et 5 SGD (soit environ 0,70 à 3,50 €) par livre, selon la complexité de l’ouvrage. Par exemple, un roman classique peut rapporter 3 SGD, tandis qu’un essai spécialisé peut atteindre 5 SGD. Ce programme cible particulièrement les jeunes adultes, souvent les plus exposés aux écrans, et vise à leur offrir une alternative lucrative à l’utilisation passive des réseaux sociaux.
Le National Arts Council justifie cette initiative par plusieurs objectifs. D’abord, il s’agit de réduire le temps passé sur les écrans, estimé à 7 heures par jour en moyenne pour les adultes singapouriens, selon des études locales. Ensuite, le gouvernement souhaite promouvoir la lecture comme outil de développement personnel et de cohésion sociale, en encourageant les échanges autour des livres lus. Enfin, cette mesure s’inscrit dans une volonté plus large de stimuler l’industrie du livre locale, en soutenant les auteurs et les librairies. Le programme est limité à une durée de 6 mois, avec un budget total de 1 million de SGD (environ 700 000 €), et s’adresse à 10 000 participants sélectionnés aléatoirement.
Cette initiative a suscité des réactions mitigées parmi la population. Certains citoyens saluent l’idée de valoriser la lecture, surtout dans un contexte où les écrans dominent le quotidien. D’autres, en revanche, critiquent le programme, le jugeant artificiel ou inefficace à long terme. Des voix s’élèvent pour souligner que la rémunération pourrait être perçue comme une incitation à lire *par obligation*, plutôt que par plaisir. Par ailleurs, des questions se posent sur l’impact réel de cette mesure : les participants pourraient-ils maintenir leur engagement une fois le programme terminé ? Enfin, certains observateurs s’interrogent sur la durabilité d’une telle politique, alors que le gouvernement singapourien reste connu pour son approche autoritaire dans d’autres domaines.

