Dans le détroit d’Ormuz, le verrou iranien tient de moins en moins
Les monarchies du Golfe parviennent désormais, avec l’aide américaine, à exporter des volumes croissants de pétrole..
Le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, est depuis des décennies un point de tension majeur entre l’Iran et les États-Unis. L’Iran revendique son contrôle exclusif sur ce détroit, par lequel transite environ un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, soit près de 20 %. Depuis fin février, Téhéran impose aux navires souhaitant le franchir d’obtenir une autorisation préalable sous peine d’attaques. Cependant, cette stratégie perd de son efficacité : les pétroliers, notamment ceux des monarchies du Golfe comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, contournent désormais cette exigence en naviguant sous escorte militaire américaine. Entre le 22 et le 28 septembre, les exportations de brut non iranien via Ormuz ont atteint 13,5 millions de barils par jour, un niveau équivalent à celui d’avant le conflit. Cette situation illustre un affaiblissement du verrou iranien, malgré ses revendications.
Face aux restrictions imposées par l’Iran dans le détroit d’Ormuz, les pays du Golfe développent des solutions alternatives pour exporter leur pétrole. L’Arabie saoudite a notamment réactivé son oléoduc Est-Ouest, un pipeline long de 1 200 km reliant ses principaux champs pétrolifères de l’est du pays au terminal de Yanbu, situé sur la mer Rouge, à l’ouest. Cet oléoduc, fermé temporairement après des frappes en septembre, a repris du service le 22 septembre et permet d’éviter le passage par Ormuz. Entre le 24 et le 26 septembre, au moins dix pétroliers ont quitté Yanbu, dont un à destination de Fos-sur-Mer en France, avec un volume record de 9,5 millions de barils exportés en une seule journée. Les Émirats arabes unis disposent eux aussi d’un oléoduc aboutissant au terminal de Fujairah, en dehors du détroit, offrant une autre voie de contournement.
Les discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran, centrées sur la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, se poursuivent sans aboutir à un accord. L’Iran a proposé de rouvrir le détroit sous sept jours en échange de la levée du blocus naval américain et des sanctions contre son secteur pétrolier. Washington a rejeté cette offre, mais des pourparlers persistent. Sanam Vakil, experte du centre de réflexion Chatham House, souligne que cette situation actuelle n’est pas une solution durable. Les États du Golfe dépendent des États-Unis pour sécuriser leurs routes maritimes, mais savent que la protection militaire ne remplace pas un accord politique avec Téhéran. La dynamique régionale reste tendue, avec un risque d’escalade plutôt que de stabilité. Le prix du baril de Brent, référence mondiale, reste au-dessus de 100 dollars, reflétant ces incertitudes.
Malgré la reprise partielle des exportations via Ormuz, les risques pour les navires restent élevés. Entre le 22 et le 28 septembre, trois attaques ont été signalées dans le détroit, dont une ayant causé la mort d’un marin indien. Par ailleurs, l’offensive des Houthis, groupe armé pro-iranien au Yémen, vers la mer Rouge menace un autre point stratégique : le détroit de Bab el-Mandeb. Ce détroit, situé entre le Yémen et Djibouti, est une voie majeure pour le trafic maritime mondial, notamment pour les exportations saoudiennes. Les Houthis contrôlent désormais entièrement ce littoral, ce qui a entraîné une chute du trafic dans ce détroit et accentué les tensions régionales. Ces éléments montrent que la situation reste fragile et imprévisible.
La reprise des exportations de pétrole via Ormuz et les alternatives comme Yanbu ou Fujairah a permis aux marchés de respirer temporairement. Les volumes exportés fin septembre ont retrouvé ceux d’avant le conflit, évitant une pénurie majeure. Cependant, cette amélioration ne doit pas masquer les défis structurels. Le trafic maritime global dans le détroit reste bien inférieur à son niveau d’avant-guerre, et les navires continuent de courir des risques. Le prix du baril de Brent, référence mondiale, reste élevé, au-dessus de 100 dollars, en raison de ces incertitudes. Les investisseurs, comme Patrick Pouyanné, PDG de *TotalEnergies*, soulignent que cette reprise est fragile et ne constitue pas une nouvelle normalité. Les marchés restent donc sous tension, avec des risques persistants pour l’approvisionnement énergétique mondial.

