La commissaire aux langues officielles demande d’encadrer l’usage de l’IA
Le nombre de plaintes a également bondi en 2025-2026..
Kelly Burke, juriste franco-ontarienne nommée commissaire aux langues officielles du Canada en janvier 2026, publie son premier rapport annuel le 8 octobre 2026. Elle y souligne les risques liés à l’intelligence artificielle (IA) pour les deux langues officielles du pays, l’anglais et le français. La commissaire recommande au gouvernement fédéral d’intégrer systématiquement une « lentille » des langues officielles dans sa stratégie nationale sur l’IA d’ici le 31 mars 2027. Cette mesure vise à garantir que tous les outils, programmes ou politiques utilisant l’IA dans la fonction publique respectent l’équité entre les langues. L’objectif est d’éviter que des biais favorisent disproportionnellement une langue au détriment de l’autre, notamment en matière de traduction, de formation ou de services publics.
Kelly Burke met en garde contre les biais culturels et linguistiques que pourraient introduire les outils d’IA dans la fonction publique. Selon elle, les systèmes actuels ne tiennent pas suffisamment compte des spécificités des deux langues officielles, risquant de marginaliser le français au profit de l’anglais. Pour remédier à cela, elle propose des formations destinées aux fonctionnaires afin de leur apprendre à identifier et corriger ces biais. Par exemple, un outil d’IA utilisé pour rédiger des communications officielles pourrait privilégier des tournures ou des termes plus courants en anglais, sans même que ses concepteurs en aient conscience. La commissaire insiste sur la nécessité d’une utilisation uniforme et simultanée des deux langues dans tous les services publics.
Kelly Burke souligne que les fonctionnaires fédéraux doivent pouvoir utiliser des technologies d’IA fonctionnant parfaitement dans les deux langues officielles, sans perte de qualité ni délai. Elle cite l’exemple de GCtraduction, un outil de traduction basé sur l’IA lancé en septembre 2025 et testé dans six ministères. Cependant, elle rappelle que son prédécesseur, Raymond Théberge, avait déjà alerté en 2024 sur les risques de sous-financement des services linguistiques lors des compressions budgétaires. La commissaire promet de surveiller de près l’impact des restrictions budgétaires actuelles sur l’accès aux services en français et en anglais dans la fonction publique.
Le rapport annuel révèle une hausse spectaculaire du nombre de plaintes reçues par le Commissariat aux langues officielles, passant de 1 163 en 2024-2025 à 4 110 en 2025-2026, soit une multiplication par près de quatre. Parmi ces plaintes, 3 632 concernent des problèmes de communication ou de prestation de services, dont 3 450 émanent de personnes ayant reçu un service uniquement en anglais alors qu’elles demandaient le français. Cette augmentation s’explique en grande partie par la polémique entourant un message de condoléances diffusé en mars 2026 par Michael Rousseau, alors PDG d’Air Canada. Ce message, adressé en anglais avec des sous-titres en français aux victimes d’un accident aérien, a suscité plus de 2 000 plaintes à lui seul. Rousseau a depuis quitté son poste et fait l’objet d’une enquête du Commissariat.
Malgré ses alertes, Kelly Burke reconnaît que l’IA offre des opportunités pour renforcer l’apprentissage des langues, la traduction et l’interprétation. Elle cite l’exemple de *GCtraduction*, un outil fédéral qui utilise l’IA pour traduire des documents officiels. Cependant, elle insiste sur la nécessité de surveiller de près son déploiement pour éviter qu’il ne creuse les inégalités entre les langues. Le Commissariat aux langues officielles a prévu de suivre, au cours de l’année à venir, comment l’IA affecte concrètement l’accès aux services en français et en anglais dans la fonction publique. La commissaire rappelle que les langues officielles sont un pilier de l’identité canadienne et doivent être protégées, même dans l’ère numérique.

