Enquête du collectif 'Nos services publics' : 20 000 fonctionnaires se livrent sur leurs conditions de travail
Le travail de ce collectif se faisait jusqu’ici sur des données statistiques et des rapports officiels. La grande innovation de cette enquête a été d'interroger directement les agents.
Le collectif Nos services publics est un groupe composé de fonctionnaires et de contractuels de la fonction publique française. Pour la première fois, ce collectif a mené une enquête directe auprès des agents publics, et non plus seulement sur des données statistiques ou des rapports officiels. Entre octobre 2025 et février 2026, 20 000 agents ont répondu à un questionnaire détaillé de près de 100 questions, diffusé en ligne. Cette initiative marque un tournant dans l'analyse des conditions de travail dans la fonction publique, en privilégiant le témoignage des principaux concernés. Le collectif est cofondé et porté par Arnaud Bontemps, magistrat financier, qui souligne l'importance de recueillir ces retours pour comprendre les réalités du terrain.
L'enquête révèle que 4 agents publics sur 10 travaillant dans les hôpitaux déclarent être contraints de sacrifier souvent ou très fréquemment la qualité de leur travail. Dans les administrations d'État et les collectivités locales, ce chiffre s'élève à 3 agents sur 10. Ces sacrifices s'expliquent par des contraintes multiples, comme le manque de moyens matériels ou humains, qui obligent les agents à faire des choix difficiles entre respecter les procédures et répondre aux besoins des usagers. Arnaud Bontemps, porte-parole du collectif, précise que ces situations sont particulièrement critiques dans le secteur hospitalier, où la pression est maximale.
Le turnover excessif des collègues et le manque d'accompagnement lors des prises de poste dégradent fortement les collectifs de travail dans la fonction publique. Ces difficultés créent un climat de concurrence entre les agents et affaiblissent le sentiment d'une vision commune. Les relations humaines entre collègues s'en trouvent détériorées, ce qui a un impact direct sur la qualité du service rendu. L'enquête montre que ces problèmes sont particulièrement marqués dans les hôpitaux, où les équipes sont souvent sous tension en raison de la charge de travail et des conditions difficiles. La stabilité des équipes est identifiée comme un facteur clé pour améliorer l'efficacité des services publics.
Les agents publics et leurs encadrants font face à des injonctions contradictoires, qui compliquent leur travail quotidien. Les encadrants reçoivent parfois des consignes qui dégradent la qualité du travail de leurs équipes, tandis que les agents ont le sentiment de servir des intérêts autres que l'intérêt général. Ces intérêts pourraient provenir de managers ou d'entreprises privées, selon les témoignages recueillis. Cette situation crée une confusion sur les priorités et les objectifs à atteindre, ce qui affecte la motivation et l'engagement des agents. L'enquête souligne l'importance d'une communication claire et cohérente pour aligner les actions sur les missions des services publics.
Pour améliorer les conditions de travail et la qualité des services publics, l'enquête propose plusieurs pistes. Stabiliser les équipes en réduisant le turnover et en renforçant l'accompagnement des nouveaux arrivants est une priorité. Être mieux écouté par les managers et avoir une vision claire des objectifs permettrait également de redonner du sens au travail des agents. Ces mesures visent à restaurer la confiance dans les institutions et à améliorer l'efficacité des services publics. Arnaud Bontemps insiste sur le fait que ces changements sont essentiels pour redonner aux agents les moyens de remplir leurs missions avec professionnalisme et satisfaction.

