Dissection chronique de l’aorte : mieux prédire le risque d’anévrysme grâce à un jumeau numérique
L’ESSENTIEL La dissection aortique est une affection cardiovasculaire particulièrement grave, entraînant un taux de mortalité élevé. Sa forme chronique évolue souvent vers un anévrysme de l’aorte qui risque d’entraîner sa rupture.
La dissection aortique est une pathologie cardiovasculaire grave où la couche interne de la paroi de l’aorte (l’artère principale transportant le sang oxygéné du cœur vers le corps) se déchire. Cette déchirure permet au sang de s’infiltrer entre les couches de la paroi, créant un faux chenal qui fragilise l’aorte et peut mener à sa rupture. En France, environ 5 adultes pour 100 000 habitants en sont victimes chaque année, avec 2 726 cas hospitalisés en 2022. L’âge moyen des patients est de 67,1 ans, et les hommes sont plus touchés que les femmes. Les principaux facteurs de risque incluent l’hypertension artérielle (76,6 % des cas), l’athérosclérose (27 %) et des antécédents d’anévrysme aortique (16 %).
Il existe deux types de dissection aortique. Le type A touche l’aorte ascendante, juste après le cœur, et constitue une urgence vitale avec un taux de mortalité élevé (50 % à deux jours, 80 % à une semaine si non opéré). Le type B affecte la crosse et l’aorte descendante et est souvent traité médicalement. Cependant, 60 % des dissections de type B évoluent vers une forme chronique, pouvant entraîner un anévrysme (dilatation anormale de l’aorte) ou une rupture. Les symptômes d’alerte incluent une douleur thoracique ou dorsale intense, un essoufflement soudain ou des signes neurologiques comme des troubles de la vision.
Actuellement, la prise en charge des dissections aortiques chroniques repose principalement sur des critères anatomiques comme le diamètre de l’aorte ou la taille de la porte d’entrée de la dissection. Cependant, ces critères ne permettent pas de prédire avec précision le risque d’évolution vers un anévrysme nécessitant une chirurgie. Par exemple, le diamètre seul ne suffit pas à anticiper cette complication. Une approche plus globale, intégrant d’autres données, est donc nécessaire pour améliorer la prédiction et le suivi des patients.
Le projet ADEPT (Aortic Dissection Evaluation Prediction from Digital Twin) vise à créer un jumeau numérique personnalisé pour chaque patient atteint de dissection aortique chronique. Ce modèle numérique intégrera des données variées (imagerie, flux sanguin, biomécanique, marqueurs sanguins) pour prédire le risque de développer un anévrysme. L’objectif est d’optimiser le suivi clinique et d’adapter les traitements. Ce projet, d’un coût total de 4,8 millions d’euros, est soutenu par l’Union européenne à hauteur de 3,6 millions d’euros dans le cadre du programme FEDER-FSE+ Bourgogne Franche-Comté.
Le jumeau numérique du projet ADEPT s’appuiera sur plusieurs types de données. Les données biomécaniques analyseront la résistance et la composition du tissu aortique (comme l’élastine et le collagène, protéines clés pour l’élasticité de l’aorte) prélevé lors d’une chirurgie. Les données d’IRM de flux en 4D modéliseront le flux sanguin dans l’aorte en 3D, permettant d’étudier les contraintes sur la paroi artérielle. Des marqueurs sanguins (protéines ou enzymes) seront également recherchés pour détecter précocement un risque de complication. Enfin, des fantômes (modèles synthétiques réalistes de l’aorte) valideront ces modélisations.
Le projet ADEPT est porté par l’*Université Bourgogne Europe*, le *CHU Dijon Bourgogne*, ainsi que les entreprises *ennoïa* et *CASIS*. Il s’inscrit dans une démarche collaborative visant à améliorer la prise en charge des patients atteints de dissection aortique chronique. En combinant imagerie avancée, intelligence artificielle et modélisation 3D, ce projet pourrait réduire les risques de rupture d’anévrysme et optimiser les interventions chirurgicales. Les fantômes synthétiques permettront également de former les chirurgiens à des techniques innovantes.

