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Culture

Zahra Joya, la voix des Afghanes réduites au silence

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 20 j

La journaliste afghane Zahra Joya a dû fuir son pays, depuis le retour des talibans en août 2021. Exilée à Londres, cette jeune femme de 34 ans a fondé Rukhshana Media, un média indépendant consacré aux femmes afghanes.

Zahra Joya, journaliste afghane

Zahra Joya est une journaliste afghane née en 1992 dans la province de Bamiyan, en Afghanistan. Elle a grandi dans un contexte où les talibans, un mouvement islamiste radical, imposaient des restrictions strictes aux droits des femmes, notamment l'interdiction d'aller à l'école après l'âge de 12 ans. Pour contourner cette règle, sa mère lui a coupé les cheveux et l'a habillée en garçon, lui donnant le prénom de Mohammed. Cette stratégie lui a permis d'accéder à l'éducation jusqu'à l'âge adulte. Après des études de droit à l'université de Kaboul, elle s'est orientée vers le journalisme d'investigation, un domaine où elle était souvent la seule femme dans les rédactions. Son parcours illustre les obstacles rencontrés par les femmes afghanes pour exercer des métiers traditionnellement réservés aux hommes.

Retour des talibans en 2021

En août 2021, les talibans reprennent le contrôle de l'Afghanistan après le retrait des forces internationales. Ce retour marque un tournant brutal pour Zahra Joya, qui perd sa liberté de mouvement et ses droits en tant que femme. Les talibans imposent des restrictions immédiates : les femmes ne peuvent plus se rendre dans les salons de beauté, les restaurants ou les lieux publics sans être accompagnées d'un mahram (un homme de leur famille, comme un père, un frère ou un mari). Les écoles secondaires pour filles sont fermées, limitant leur éducation à la sixième année, soit jusqu'à l'âge de 12 ans. Zahra Joya décrit cette période comme l'un des moments les plus sombres de sa vie et de l'histoire de l'Afghanistan, car elle perd non seulement ses droits, mais aussi sa capacité à travailler et à vivre normalement.

Fuite et exil à Londres

Quelques jours après l'arrivée des talibans à Kaboul, Zahra Joya est évacuée vers Londres par les autorités britanniques. Elle quitte son pays sans savoir si elle pourra un jour y revenir ou revoir ses parents. Cette séparation forcée est décrite comme un déchirement, notamment lorsqu'elle doit dire au revoir à sa famille. Trois ans plus tard, en 2024, elle retrouve enfin ses parents à Londres, après une longue période d'incertitude et de distance. Son exil marque le début d'une nouvelle vie, mais aussi d'un engagement renforcé pour défendre les droits des femmes afghanes depuis l'étranger.

Fondation de Rukhshana Media

En exil, Zahra Joya fonde Rukhshana Media, un média indépendant entièrement dédié aux droits des femmes afghanes. Ce projet vise à donner une voix à celles qui sont réduites au silence par le régime taliban. L'équipe de Rukhshana Media est composée de journalistes qui continuent à travailler clandestinement en Afghanistan. Elles enquêtent sur des sujets sensibles comme les violations des droits humains, l'éducation interdite aux filles ou les restrictions imposées aux femmes. Pour éviter d'être repérées par les talibans, les journalistes travaillent en secret, sans se connaître entre elles et sans communiquer directement. Zahra Joya dirige l'équipe depuis Londres, récupérant chaque matin les articles envoyés par ses collègues en Afghanistan. Ce média représente une forme de résistance contre l'oppression talibane.

Reconnaissance internationale

En 2022, Zahra Joya reçoit une reconnaissance internationale pour son combat. Elle est désignée Femme de l'année et fait la couverture du magazine américain Time. Cette distinction lui permet de gagner en visibilité auprès d'un public mondial et de montrer que les femmes afghanes, bien que réduites au silence dans leur pays, existent et luttent pour leurs droits. Pour Zahra Joya, cette couverture est aussi un moyen de rappeler que les Afghanes ne sont pas anonymes : elles ont des noms, des visages et des histoires à raconter. Cette reconnaissance renforce son engagement et celui de son équipe, tout en sensibilisant l'opinion publique internationale à la situation en Afghanistan.

Ce que ça pourrait changer

Malgré la situation difficile en Afghanistan, Zahra Joya garde espoir et continue de se battre pour les droits des femmes. Elle rêve de retourner un jour dans son pays et de travailler aux côtés de ses collègues à Kaboul, dans un bureau commun. Pour l'instant, elle se console en pensant aux femmes afghanes qui, malgré les interdictions, continuent de lutter en silence. Certaines étudient en secret, d'autres travaillent dans la clandestinité pour faire entendre leur voix. Zahra Joya considère que l'espoir est essentiel pour avancer, car il donne la force de persévérer face à l'adversité. Son livre, *The Vanishing Girl of Kabul*, publié en 2026, raconte son parcours et celui des Afghanes privées de leurs droits, offrant un témoignage poignant de cette résistance.

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