How war and sanctions are reshaping how Russia governs its vast territory
As the world’s largest country that spans eleven time zones and shares land borders with fourteen countries, Russia ’s geography has always posed a difficult problem for government: how to maintain economic activity, infrastructure and basic services across an enormous territory with a highly uneven population. More than four and a half years of war against Ukraine , sanctions and disrupted international connections have made that challenge considerably harder.
La Russie est le plus grand pays du monde, s'étendant sur onze fuseaux horaires et partageant des frontières terrestres avec quatorze pays. Cette immensité géographique pose un défi majeur pour son gouvernement : assurer l'activité économique, l'infrastructure et les services de base sur l'ensemble de son territoire, malgré une population très inégalement répartie. Par exemple, certaines régions sont densément peuplées autour des grandes villes, tandis que d'autres, vastes et éloignées, comptent très peu d'habitants. Avant 2022, la Russie tentait de concentrer ses efforts sur les grandes agglomérations urbaines pour stimuler la croissance économique, une approche inspirée des modèles internationaux promus par des organisations comme l'OCDE.
Depuis plus de quatre ans et demi, la guerre en Ukraine et les sanctions internationales ont profondément perturbé les conditions économiques et politiques de la Russie. Ces mesures ont réduit les investissements étrangers, perturbé les échanges commerciaux et limité l'accès aux technologies et aux marchés internationaux. Par exemple, les liens économiques avec l'Europe, autrefois centraux, se sont affaiblis au profit d'une réorientation vers l'Asie. Ces changements ont rendu plus difficile la mise en œuvre des politiques de développement territorial basées sur la croissance des grandes villes, un modèle qui supposait une intégration économique internationale et une mobilité accrue des capitaux et des personnes.
En 2019, la Russie a adopté une stratégie de développement territorial centrée sur 41 grandes agglomérations urbaines. Une agglomération urbaine désigne une grande ville et les zones environnantes qui lui sont liées par des emplois, des transports et des services. L'objectif était de concentrer les investissements, les technologies et la population dans ces pôles urbains pour stimuler la croissance économique nationale. Cette approche s'appuyait sur des modèles internationaux qui voyaient dans les métropoles les moteurs de la productivité et de l'innovation. Cependant, ce modèle reposait sur des hypothèses fragiles : accès aux marchés internationaux, investissements disponibles et liberté de circulation des capitaux et des personnes.
En 2024, la Russie a adopté une nouvelle stratégie de développement territorial radicalement différente. Au lieu de se concentrer sur 41 grandes villes, elle identifie désormais 2 160 établissements de soutien (ou opornyi punkt en russe), des localités réparties dans tout le pays. Ces établissements ont pour mission de retenir la population, de fournir des services essentiels et de maintenir la continuité territoriale. Contrairement aux agglomérations, ces établissements sont très variés : certains assurent des services de base aux zones environnantes, d'autres ont des fonctions stratégiques comme la sécurité frontalière, la recherche ou l'infrastructure militaire. Cette stratégie reflète un changement d'objectif : il ne s'agit plus seulement de générer de la croissance, mais de préserver le fonctionnement des territoires, même lorsque la croissance économique est difficile à atteindre.
La stratégie de 2024 met en avant une catégorie élargie de territoires géostratégiques, qui inclut des régions comme Kaliningrad, l'Extrême-Orient, le Caucase du Nord et l'Arctique, ainsi que les municipalités frontalières avec des pays considérés comme « hostiles » par la Russie, principalement des États membres de l'Union européenne. Ces territoires sont désormais prioritaires pour des raisons de sécurité et de contrôle territorial. Parallèlement, la Russie réoriente ses corridors de commerce et de logistique vers les marchés asiatiques, inversant ainsi les perspectives de développement de régions autrefois tournées vers l'Europe. Par exemple, des zones autrefois présentées comme des portes d'entrée vers l'Europe sont désormais perçues comme des marges frontalières.
Pour les habitants des petites villes, la présence d'un établissement de soutien peut représenter un réel avantage, comme le maintien d'une école, d'un centre de santé ou d'une route. Cependant, cette approche ne garantit pas la création d'emplois, l'augmentation des revenus ou l'amélioration des opportunités sociales. Plus de 1 500 de ces établissements souffrent déjà de niveaux de vie persistants très bas. La nouvelle stratégie risque donc de faire de la stabilité un objectif acceptable, voire une mesure de succès, pour de nombreuses régions périphériques. Elle illustre comment les modèles de développement territorial, souvent perçus comme universels, dépendent en réalité des conditions économiques et politiques sous-jacentes.
L'exemple russe montre que les modèles de développement territorial, comme la concentration dans les grandes villes, semblent universels car leurs conditions de succès sont souvent prises pour acquises. Pendant des décennies, l'expansion des échanges commerciaux, la mobilité des capitaux et la confiance dans la croissance des métropoles ont soutenu ces approches. Lorsque ces conditions s'affaiblissent, comme c'est le cas en Russie depuis 2022, même des idées de planification profondément ancrées peuvent perdre leur efficacité. La Russie illustre ainsi un changement de paradigme : elle ne cherche plus seulement où générer de la croissance, mais comment maintenir le fonctionnement des territoires lorsque la croissance devient incertaine ou difficile à atteindre.

