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De plus en plus d’enfants exclus de l’école

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 4 j

4000 élèves ont été renvoyés à la maison en raison de leurs troubles de comportement ou d'apprentissage..

Thomas et son quotidien

Thomas, un garçon de 7 ans, vit avec ses parents et ses deux sœurs à Rouyn-Noranda, au Québec. Doté d'une intelligence élevée, il apprend rapidement mais éprouve des difficultés à réguler ses émotions. Diagnostiqué avec un trouble de l'opposition (un trouble du comportement caractérisé par une résistance aux consignes et des réactions disproportionnées face à la frustration), il peut, lorsqu'il est contrarié, lancer des objets ou endommager des meubles. Son chien, Oréo, joue un rôle apaisant dans son quotidien. Malgré son potentiel intellectuel, ses crises répétées ont conduit à des absences prolongées à l'école, un phénomène appelé bris de scolarité.

Hausse des exclusions scolaires

Au Québec, le nombre d'élèves en situation de bris de scolarité (interruption ou réduction de leur temps scolaire par rapport aux 25 heures hebdomadaires prévues) a fortement augmenté, passant de 1 500 en 2021 à près de 4 000 en 2026. Ces élèves sont majoritairement ceux présentant des troubles graves du comportement, un spectre de l'autisme (TSA), des difficultés d'apprentissage ou un handicap. Les régions sont particulièrement touchées. Le ministère de l’Éducation souligne que cette hausse pourrait refléter une meilleure détection, mais aussi des lacunes dans les ressources disponibles dans les écoles.

Plaintes et signalements

Les plaintes auprès du Protecteur national de l'élève (PNE), un ombudsman créé en 2023 pour défendre les droits des élèves, ont doublé depuis cette date. Parmi ces plaintes, 80 % concernent des bris de scolarité, un taux bien supérieur à la moyenne de 40 % pour l'ensemble des motifs. Le PNE attribue cette situation à un manque de ressources financières et matérielles dans les écoles, ainsi qu'à des interventions inadéquates face aux besoins spécifiques des élèves. Les parents de Thomas, comme d'autres familles, se sentent souvent abandonnés et épuisés.

Rôle des écoles et limites

Les écoles, comme le Centre de services scolaire de Rouyn-Noranda (CSSRN), affirment faire de leur mieux pour accueillir tous les élèves, mais reconnaissent que leurs capacités sont limitées. Selon Martin Grenier, directeur adjoint des Services éducatifs du CSSRN, la scolarisation dépend à la fois des besoins de l'enfant et des ressources disponibles. Les enseignants et le personnel sont parfois débordés, notamment face à des comportements violents comme le fait de projeter des objets. Le syndicat des enseignants (SEJAT) dénonce un manque criant de moyens, malgré les 4,3 milliards de dollars investis par le gouvernement en adaptation scolaire.

Conséquences des exclusions

Les exclusions scolaires aggravent souvent les difficultés des élèves, selon la professeure Élodie Marion de l'Université de Montréal. Elle explique que ces mesures, loin de résoudre les problèmes, amplifient les comportements difficiles en raison du rejet et de la rupture des liens avec les intervenants. Les familles, comme celle de Thomas, se retrouvent isolées et doivent parfois quitter leur emploi pour s'occuper de leur enfant. La professeure Mélanie Paré ajoute que ces exclusions révèlent un problème plus large : l'incapacité du système à répondre aux besoins des élèves vulnérables.

Sous-estimation du phénomène

Les 4 000 élèves en bris de scolarité ne représenteraient qu'une fraction du problème réel, selon plusieurs experts. La professeure Élodie Marion et Laurence Simard-Gagnon (UQAR) estiment que ces chiffres sont sous-estimés en raison de limites méthodologiques dans la collecte de données du ministère de l’Éducation (MEQ). Laurence Simard-Gagnon compare ces élèves à des canaris dans la mine, signalant un dysfonctionnement plus global du système éducatif. Elle dénonce une banalisation des exclusions, voire une normalisation de l'idée que certains enfants ne sont pas faits pour l'école.

Réactions gouvernementales

Le MEQ reconnaît les limites de sa collecte de données sur les bris de scolarité et travaille à les améliorer dès l'automne 2026. La définition officielle d'un bris de scolarité inclut toute interruption ou réduction des services éducatifs par rapport aux 25 heures hebdomadaires prévues, lorsque les besoins de l'élève dépassent les capacités de l'école. Cette collecte de données a été lancée en 2021 à la demande de la députée libérale Jennifer Maccarone, mère de deux enfants autistes, et a révélé pour la première fois l'ampleur du phénomène.

Ce que ça pourrait changer

Thomas, âgé de 8 ans, ne fréquente toujours pas l'école. Ses parents, Marie-Julie et Samuel, ont embauché une travailleuse sociale privée pour faciliter la coordination entre les services de santé et l'école. Ils évitent de le réintégrer trop tôt pour ne pas reproduire une expérience traumatisante. Samuel souligne que sans scolarisation ni interactions sociales, il est difficile pour Thomas de s'épanouir. Ses parents rêvent d'une ressource dédiée qui pourrait l'aider à s'autoréguler, évitant ainsi les appels répétés aux parents en cas de crise.

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