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Culture

Forêt de Fontainebleau : comment la faune et la flore changent avec le climat et le feu

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 23 j

Les feux inédits qui ravagent la forêt de Fontainebleau ont brûlé plus de 2 000 hectares en deux jours. Sans victimes humaines mais avec une biodiversité exceptionnelle affectée.

Biodiversité unique

La forêt de Fontainebleau abrite une faune et une flore exceptionnelles, reconnues par les scientifiques du monde entier. Selon l'ornithologue Jean-Philippe Siblet, elle abrite des espèces rares comme le Lucane cerf-volant (un coléoptère) ou le grand Capricorne, des oiseaux comme la fauvette ou la chouette Hulotte, ainsi que des mammifères comme la martre des pins ou le lièvre d'Europe. Certains insectes, inféodés aux vieux arbres et aux zones en libre évolution, ne se trouvent presque plus qu’ici. Dès le XVIIIe siècle, des artistes comme ceux de l’école de Barbizon ou des écrivains comme George Sand et Victor Hugo ont milité pour sa préservation, contribuant à créer en 1853 les séries artistiques de Fontainebleau, considérées comme les ancêtres des réserves biologiques. Ces séries ont été établies quelques années avant la création du premier parc national américain, Yellowstone, en 1872.

Migration perturbée

Les vagues de chaleur et la sécheresse modifient le comportement des oiseaux migrateurs. Ceux-ci reviennent d’Afrique plus tôt et repartent plus tard, voire restent sur place pendant l’hiver, un phénomène qui s’est intensifié ces 20 à 30 dernières années. Certains oiseaux arrivent désormais jusqu’à 20 jours plus tôt qu’avant, par exemple fin mars au lieu de début avril. Cependant, cette précocité crée une concurrence accrue pour les ressources alimentaires, car toutes les espèces arrivent en même temps et doivent reconstituer leurs réserves de graisse pour la reproduction. Les jeunes oiseaux, épuisés par le voyage, sont particulièrement vulnérables. Les mares s’assèchent aussi, privant les animaux d’eau et favorisant la prolifération d’algues ou de mousses qui bloquent l’accès aux points d’eau. En cas de canicule prolongée sans pluie, comme en 2026, des jeunes oiseaux tombent du nid par déshydratation, un phénomène qualifié de « suicide » par les experts.

Mammifères en danger

Les grands mammifères comme les cerfs ou les chevreuils doivent parcourir de longues distances pour trouver de l’eau, ce qui les expose à des risques accrus. Les mares intra-forestières sont souvent à sec, mais les cours d’eau comme la Seine ou le Loing conservent encore suffisamment d’eau, bien que leur niveau baisse dangereusement. Ces déplacements les obligent à traverser des infrastructures, comme des clôtures ou des routes, où ils risquent de se blesser ou de mourir. Par exemple, des cerfs peuvent se noyer dans des canaux aux berges trop raides pour en sortir. La chaleur force aussi ces animaux, naturellement diurnes, à devenir nocturnes pour éviter les humains, ajoutant une contrainte supplémentaire. Les collisions avec les véhicules et les conflits entre animaux pour l’accès aux ressources sont en hausse.

Feux et survie animale

Les mammifères comme les cerfs ou les chevreuils peuvent généralement fuir les incendies, sauf s’ils sont encerclés ou si le feu est trop large. Les jeunes animaux, moins rapides, sont les plus vulnérables. Les feux précoces, de plus en plus fréquents, coïncident avec la saison de reproduction, touchant davantage de petits. Pour les animaux territoriaux comme les blaireaux ou les écureuils, la fuite est plus complexe : leur habitat est fragmenté par l’urbanisation, et ils peinent à trouver de nouveaux territoires. Les petits mammifères (fouines, martres) tentent de se sauver, mais leur survie dépend de la disponibilité d’espaces adaptés à proximité. Les feux fréquents, surtout s’ils surviennent chaque année, transforment le sol en désert, détruisant toute la faune souterraine et de surface.

Ce que ça pourrait changer

Les feux ne sont pas toujours néfastes : survenant tous les 30 à 40 ans, ils permettent à la forêt de se régénérer et favorisent l’existence d’espèces adaptées, comme certains coléoptères qui ne se développent qu’après un incendie. Cependant, le réchauffement climatique multiplie les feux et les rend plus précoces et intenses. En 2026, l’incendie de Fontainebleau a mobilisé des moyens aériens exceptionnels, comme des Canadair, une première dans cette zone. Les experts soulignent que le vrai problème n’est pas le feu en lui-même, mais sa fréquence accrue. Après un incendie, une étude pluridisciplinaire est envisagée pour comprendre comment la forêt se régénère, avec la participation d’associations comme l’ANVL (Association des naturalistes de la Vallée du Loing et du Massif de Fontainebleau), fondée en 1913 pour préserver ce milieu.

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