NapseflowNapseflow
Géopolitique

Les hyènes tachetées, des “créatures sociales” moins vicieuses qu’il n’y paraît

Courrier International · mis à jour il y a 20 j

Une étude menée par une équipe de chercheurs internationaux en Tanzanie et en Afrique du Sud révèle que, contrairement à une croyance populaire, les hyènes tachetées sont des animaux dotés d’“aptitudes cognitives et sociales très développées”, qui leur permettent notamment de signifier leurs “intentions pacifiques” à leurs congénères..

Image stéréotypée des hyènes

L’image populaire des hyènes tachetées, souvent associée à un rire sardonique et à un caractère malveillant, est largement influencée par des représentations culturelles comme le film Le Roi lion de Disney. Cette perception, bien que répandue, est remise en question par des études scientifiques récentes. Les hyènes tachetées, scientifiquement nommées Crocuta crocuta, sont en réalité des animaux dotés d’une organisation sociale complexe et de capacités cognitives avancées, comme le démontrent des recherches menées par des institutions comme le département d’éthologie de l’université de Pise (Italie), l’Institut Leibniz de recherche sur les zoos et la faune sauvage (IZW) de Berlin (Allemagne) et la réserve de Siyafunda Wildlife & Conservation (Afrique du Sud).

Comportement social complexe

Une étude publiée dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel révèle que les hyènes tachetées ne sont pas seulement des animaux sociaux, mais aussi des maîtres dans l’art de la désescalade des conflits. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont analysé 238 sessions de jeu impliquant 139 individus répartis dans deux groupes distincts : l’un situé dans le cratère du Ngorongoro en Tanzanie, l’autre dans la réserve de Makalali en Afrique du Sud. Ces observations montrent que les hyènes utilisent un système de communication sophistiqué pour exprimer leurs intentions pacifiques, combinant des signaux physiques et sonores.

Signaux de jeu et communication

Lorsqu’une hyène tachetée souhaite jouer avec une autre, elle adopte une posture spécifique appelée Relaxed Open Mouth (ROM), qui consiste à ouvrir la gueule de manière détendue pour signaler des intentions non agressives. Dans un environnement social plus dense, où plusieurs hyènes interagissent simultanément, ce signal visuel peut ne pas être suffisamment clair. Les hyènes émettent alors un rire particulier, distinct de leur rire habituel, pour indiquer qu’elles jouent. Ce rire agit comme un signal sonore complémentaire, permettant à l’ensemble du groupe de comprendre la nature pacifique de l’interaction. Oliver Höner, chercheur en écologie évolutive et coauteur de l’étude, souligne que ce système de communication reflète une adaptation fine aux besoins sociaux du groupe.

Répertoire vocal des hyènes

Les chercheurs ont identifié 13 types de vocalisations chez les hyènes tachetées, allant de sons discrets à des signaux plus progressifs. Parmi ces vocalisations, cinq n’avaient jamais été décrites auparavant. Contrairement au signal ROM, qui est relativement rigide, ces sons sont flexibles et s’adaptent au contexte. Par exemple, certaines vocalisations pourraient compenser une visibilité réduite dans des environnements où les interactions sont nombreuses. Ces découvertes illustrent la richesse du répertoire vocal des hyènes et leur capacité à ajuster leur communication en fonction des situations, ce qui témoigne de leurs aptitudes cognitives et sociales très développées.

Ce que ça pourrait changer

Les résultats de cette étude soulignent que les hyènes tachetées possèdent des compétences sociales et cognitives bien plus élaborées que ce que laisse supposer leur réputation dans la culture populaire. Leur capacité à utiliser des signaux visuels et sonores pour désamorcer les tensions et faciliter les interactions pacifiques remet en cause l’image de prédateurs vicieux souvent associée à ces animaux. Les travaux menés par des institutions comme l’Institut Leibniz et l’université de Pise contribuent ainsi à une meilleure compréhension de ces mammifères, tout en offrant une perspective plus nuancée sur leur rôle dans les écosystèmes africains.

Sujets complémentaires