NapseflowNapseflow
Société

Suiveuses de guerre: qui étaient les femmes qui peuplaient l'armée avant qu'elle ne devienne exclusivement masculine?

Slate FR · mis à jour il y a 16 j

Loin de l'image d'un univers exclusivement masculin, les armées européennes ont longtemps été accompagnées par de nombreuses femmes. Une présence qui n'allait pas sans poser de soucis d'ordre logistique, mais aussi disciplinaire et sanitaire..

Qui étaient les suiveuses

Les suiveuses de guerre désignent les femmes qui accompagnaient les armées européennes entre l'Ancien Régime et le début du XIXe siècle. Parmi elles, on trouve les cantinières (qui vendaient nourriture et boissons aux soldats), les vivandières (fournissant aussi tabac et autres denrées), les blanchisseuses (nettoyant les vêtements des militaires) et les prostituées. Beaucoup étaient des épouses ou concubines de soldats ou d'officiers. Leur présence était tolérée, voire encouragée, car elles jouaient un rôle logistique et social essentiel. Par exemple, en 1621, dans le roman La Vagabonde Courage de Grimmelshausen, une femme rejoint une armée après la destruction de sa ville et alterne entre protection d'un capitaine et prostitution selon les circonstances.

Origines et conditions de vie

La majorité des suiveuses étaient issues de milieux populaires ou de régions frontalières souvent ravagées par la guerre, comme le Nord et l'Est de la France. Beaucoup étaient orphelines ou sans ressources. Leur vie aux armées était précaire : elles se déplaçaient à cheval ou dans des chariots, souvent à l'arrière des troupes, près des bagages et de l'artillerie. Leur quotidien était marqué par des conditions de vie difficiles, incluant alcoolisme, jeux d'argent, violences (notamment sexuelles) et maladies comme la gale. Par exemple, l'écrivaine George Sand a contracté la gale lors de son séjour en Espagne avec sa mère, alors que son père était militaire sous Napoléon. Les enfants de ces femmes grandissaient souvent dans ce milieu : les garçons devenaient soldats, tandis que les filles reprenaient le rôle de leur mère.

Rôles et contributions

Les suiveuses jouaient un rôle clé dans la logistique militaire. Elles fournissaient nourriture, boissons et tabac aux soldats, parfois très près des combats, ce qui boostait le moral des troupes. Leur rôle allait au-delà du commerce : lors de la retraite de Russie en 1812, certaines ont secouru des soldats blessés et les ont transportés sur leurs charrettes, parfois au péril de leur vie. Leur présence palliait aussi les défaillances du ravitaillement centralisé. Par exemple, pendant l'hiver 1812, le climat empêchait les convois de vivres de suivre les troupes, rendant leur action encore plus cruciale. Pourtant, leur contribution était rarement reconnue officiellement.

Tolérance et répression

La présence des suiveuses était irrégulièrement tolérée par les autorités militaires. En France, sous Louis XIV, des ordonnances dans les années 1680 interdisaient aux soldats de se marier, limitant ainsi la présence des épouses dans les rangs. En 1715, seulement 16 % des invalides de la guerre de Trente Ans (1618-1648) étaient mariés, contre 45,9 % auparavant. La prostitution, bien que souvent réprimée pour des raisons de discipline ou de santé publique, était parfois tolérée en temps de guerre pour éviter que les soldats ne violent les femmes des pays traversés. Par exemple, pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697), les autorités fermaient les yeux sur la prostitution pour maintenir l'ordre. Cependant, Napoléon a tenté de limiter leur présence, comme en 1799-1800, lors d'un franchissement de pont en Italie, où il ordonna qu'aucune femme ne suive l'armée.

Ce que ça pourrait changer

Les suiveuses de guerre n'avaient aucun statut légal et ne touchaient ni solde ni retraite. Leur travail n'était pas reconnu, et elles ne bénéficiaient d'aucune protection officielle. Certaines ont tenté d'obtenir des pensions ou des gratifications, souvent en tant que veuves de soldats plutôt que pour leur propre engagement. Par exemple, en 1776, une vivandière nommée Madame Andierne a reçu une gratification de 150 livres pour sa bravoure, et en 1809, Madeleine Kintelberger a obtenu une pension exceptionnelle après avoir été prisonnière des Russes et avoir défendu ses enfants. Cependant, ces cas restaient rares. Leur rôle a progressivement disparu au XIXe siècle avec la conscription masculine et l'encasernement, qui ont rendu les armées uniformément masculines. Leur histoire illustre comment les femmes, bien que centrales dans la vie militaire, ont été invisibilisées par les institutions.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.