À voir au cinéma: «Minotaure», «Qui vit encore»
Totalement incommensurables les uns aux autres, les films d'Andreï Zviaguintsev, de Nicolas Wadimoff, de Hong Sang-soo et de Wang Tung disent ensemble la puissance du cinéma à rendre sensible aux tragédies contemporaines comme aux enjeux universels..
Le film Minotaure, réalisé par Andreï Zviaguintsev, est sorti en salles le 14 octobre 2026 après avoir été remarqué au Festival de Cannes 2026, où il a obtenu le Grand Prix du jury. L’histoire se déroule en Russie, dans une grande ville de province, et suit Gleb, un homme d’affaires prospère dont la femme, Galina, a une liaison. La découverte de cette trahison déclenche une spirale de violence dans un contexte marqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, appelée « opération spéciale » par le gouvernement russe, lancée le 24 février 2022. Le film s’inspire de La Femme infidèle (1969) de Claude Chabrol, mais transpose cette intrigue dans un cadre contemporain où la guerre et la corruption influencent les comportements privés. Zviaguintsev, cinéaste en exil, utilise des images de baies vitrées pour symboliser les apparences et les tensions entre intérieur et extérieur, reflétant la crise collective et individuelle. Le film dure 2h20.
Le film Qui vit encore, réalisé par Nicolas Wadimoff et sorti le 14 octobre 2026, aborde la situation à Gaza à travers les récits de neuf survivants palestiniens réfugiés en Afrique du Sud. Ces personnes, issues de milieux aisés (musicien, lycéenne, entrepreneur, etc.), racontent leur fuite face à la violence israélienne, notamment depuis le début de la guerre il y a trois ans. Le film utilise un dispositif visuel original : des traits blancs au sol représentant les emplacements de leurs anciens domiciles à Gaza. Contrairement aux représentations misérabilistes des Palestiniens, les protagonistes sont présentés comme des individus nuancés et complexes. Wadimoff, cinéaste suisse spécialisé sur la Palestine, propose une réflexion sur la mémoire et la résistance à travers des récits à la fois émotionnels et réflexifs. Le film dure 1h54.
Le film *Le Jour de son retour*, réalisé par Hong Sang-soo et sorti le 14 octobre 2026, explore le retour médiatique d’une actrice sud-coréenne, Bae Jeon-su, après douze ans d’absence. Le récit se structure autour de trois entretiens identiques avec des journalistes, où les réponses de l’actrice évoluent légèrement à chaque fois, révélant ses émotions et ses stratégies face à la pression médiatique. Le film, tourné en noir et blanc, inclut également une scène où l’actrice rejoue ces entretiens lors d’un atelier avec une coach, ajoutant une mise à distance réflexive. Hong Sang-soo, connu pour ses films minimalistes et répétitifs, utilise ce dispositif pour interroger les rapports de pouvoir, la solitude et les normes sociales. Le film dure 1h25.

