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Société

La question du « pouvoir d'achat » ou comment faire l'impasse sur les inégalités

Observatoire des Inégalités · mis à jour il y a 55 min

Qui est concerné par la baisse du pouvoir d'achat ? Faire comme si le problème était généralisé est une manière de masquer les inégalités de revenus qui fracturent la société française. Le point de vue d'Anne Brunner et Louis Maurin.

Pouvoir d'achat et inégalités

Le pouvoir d’achat désigne la quantité de biens et services qu’une personne peut acheter avec ses revenus, en tenant compte de l’inflation. En France en 2025, les prix ont augmenté plus vite que les revenus, entraînant une baisse moyenne du pouvoir d’achat de 0,7 %, soit environ 15 € de moins par mois pour un revenu médian net de 2 200 €. Cependant, cette moyenne masque des réalités très différentes selon les ménages. Les plus modestes, qui consacrent une part importante de leur budget à l’alimentation et à l’énergie, subissent davantage la hausse des prix. À l’inverse, les ménages aisés, grâce à leur épargne, peuvent absorber ces chocs sans réduire leur consommation. Les auteurs, Anne Brunner et Louis Maurin, soulignent que cette approche généralisée du pouvoir d’achat permet de masquer les inégalités de revenus en France.

Inflation et impact différencié

L’inflation correspond à la hausse générale des prix des biens et services. L’Insee calcule un indice moyen basé sur les dépenses d’un ménage type, mais cette moyenne ne reflète pas la réalité de chacun. Par exemple, une personne dépendante de sa voiture ressentira davantage la hausse du carburant. Les ménages pauvres, qui dépensent proportionnellement plus en énergie et en alimentation, sont plus vulnérables. En 2022, les ménages aisés épargnaient en moyenne un tiers de leurs revenus, soit 17 000 € par an pour une personne seule. Cette épargne leur permet de compenser une baisse de pouvoir d’achat, contrairement aux ménages sans épargne, qui doivent soit s’endetter, soit réduire leur consommation, souvent au détriment de leur qualité de vie ou de besoins essentiels.

Évolution des niveaux de vie

Entre 2004 et 2024, le niveau de vie des classes moyennes a progressé de 15 % après impôts et inflation, tandis que celui des 10 % les plus riches a augmenté de 24 %. En revanche, les 10 % les plus modestes ont vu leur niveau de vie diminuer de 2,3 %. Cette évolution montre que les politiques de soutien au pouvoir d’achat, comme les baisses d’impôts, ont surtout bénéficié aux plus aisés. Par exemple, la suppression de la taxe d’habitation et les réductions d’impôt sur le revenu ont affaibli les recettes de l’État, limitant les moyens alloués aux services publics comme l’éducation, la santé ou les retraites. Les auteurs critiquent cette approche, qui néglige les inégalités structurelles au profit d’une vision uniformisée du pouvoir d’achat.

Médias et politiques publiques

Les médias et les responsables politiques mettent souvent en avant la hausse des prix à la pompe ou dans les supermarchés, donnant l’impression que tous les Français sont touchés par la baisse du pouvoir d’achat. Pourtant, cette focalisation occulte les inégalités réelles. Les classes aisées, en se présentant comme victimes de l’inflation, peuvent justifier des mesures fiscales avantageuses pour elles-mêmes. Les auteurs soulignent que cette rhétorique sert à légitimer des politiques qui, sur plusieurs décennies, ont creusé les écarts de revenus. Ils rappellent que le bien-être ne se limite pas à la capacité d’achat, mais inclut aussi l’accès à des services publics de qualité, comme la santé ou l’éducation. Pour eux, la vraie question n’est pas le pouvoir d’achat, mais la réduction des inégalités.

Ce que ça pourrait changer

Les auteurs proposent de dépasser le débat sur le pouvoir d’achat pour s’attaquer aux causes profondes des inégalités. Ils critiquent les politiques de baisse d’impôts, qui ont affaibli les finances publiques et limité les investissements dans les services essentiels. Pour eux, une approche plus juste consisterait à renforcer les minima sociaux, à lutter contre la précarité et à garantir un accès équitable aux services publics. Ils rappellent que l’Observatoire des inégalités, indépendant et financé par des dons, milite pour une information accessible et une prise de conscience des écarts de revenus en France. Leur objectif est de montrer que le pouvoir d’achat n’est qu’un symptôme des inégalités, et non leur solution.

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