Mgr. Gallagher à Moscou : les permanences de la nouvelle Ostpolitik du Saint-Siège au service de la paix
L’archevêque Paul Richard Gallagher est arrivé à Moscou au même moment où Washington y dépêchait le directeur de la CIA. L’article Mgr.
Le 24 août 2026, Mgr. Paul Richard Gallagher, responsable des relations internationales du Saint-Siège (équivalent d’un ministre des Affaires étrangères), s’est rendu à Moscou pour un séjour de quatre jours. Cette visite est notable car elle implique des rencontres avec des hauts responsables russes comme Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, et Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique du président Poutine. Mgr. Gallagher était accompagné de l’évêque Giovanni d’Aniello, représentant permanent du Vatican en Russie. Le Vatican a également souligné l’importance de cette visite en la révélant publiquement dès le 6 août 2026, une stratégie qui semble avoir été utilisée par le Kremlin pour marquer un coup diplomatique.
Avant ce voyage à Moscou, Mgr. Gallagher s’était rendu à Kiev le 20 juillet 2026, où il a été reçu par le président ukrainien Volodymyr Zelensky et son ministre des Affaires étrangères. Cette visite s’inscrit dans une stratégie de médiation du Saint-Siège entre la Russie et l’Ukraine. Le cardinal Matteo Zuppi, archevêque de Bologne et envoyé spécial du Vatican pour la guerre en Ukraine depuis 2023, a également joué un rôle clé. Proche de la communauté Sant’Egidio, il se concentre sur les aspects humanitaires du conflit, comme la visite d’un camp de prisonniers russes en Ukraine. Ces efforts complètent la diplomatie traditionnelle du Saint-Siège, axée sur des échanges discrets entre les parties.
Le Vatican cherche à faciliter des échanges concrets entre la Russie et l’Ukraine, comme le retour des enfants ukrainiens déportés en Russie ou les échanges de prisonniers. Ces initiatives représentent l’un des rares succès des tentatives de pourparlers entre les deux pays. Par ailleurs, le Saint-Siège a proposé à plusieurs reprises d’accueillir des négociations directes entre les délégations russe et ukrainienne, une offre réitérée par le pape Léon XIV en mai 2025. Cependant, les discussions avec la Russie restent limitées, car Moscou offre peu de prises à une négociation plus approfondie.
Les relations entre le Vatican et le Patriarcat de Moscou se sont fortement dégradées depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Le patriarche Kirill a justifié et même béni cette guerre, ce qui a choqué la communauté internationale et les fidèles. Le métropolite Antoine de Volokolamsk, rencontré par Mgr. Gallagher, entretient des rapports plus cordiaux avec le monde catholique que Kirill. Cependant, cette rencontre n’a pas été présentée comme une tentative de dialogue œcuménique, une compétence réservée au Dicastère pour l’Unité des chrétiens à Rome. L’Église orthodoxe russe critique également l’Église ukrainienne, émancipée de sa tutelle, l’accusant de chercher à se rapprocher du catholicisme.
La communauté catholique en Russie compte moins de 400 000 fidèles, soit 0,3 % de la population, répartis dans quatre diocèses de rite latin (Moscou, Saratov, Novossibirsk et Irkoutsk), une préfecture apostolique et un ordinariat pour les gréco-catholiques. Depuis le début du conflit en Ukraine, les organisations caritatives catholiques doivent se faire discrètes pour éviter d’être accusées de déstabilisation. Toutes les paroisses doivent être enregistrées auprès des autorités, et certaines rencontrent des difficultés. Depuis mai 2026, le diocèse de Moscou est vacant, avec la démission de Mgr. Paolo Pezzi, archevêque d’origine italienne, pour raisons de santé.
Les évêques catholiques en Russie sont souvent d’origine étrangère (polonaise, ukrainienne, allemande ou lituane) ou missionnaires. Par exemple, l’évêque de Novossibirsk, Joseph Werth, est issu de la minorité russe de langue allemande, tandis que Clemens Pickel, évêque de Saratov, est originaire d’Allemagne de l’Est. Mgr. Nikolaï Doubinine, administrateur apostolique du diocèse de Moscou, est le premier évêque catholique en Russie depuis plus d’un siècle à être originaire du pays. Cette diversité reflète la nature diasporique du catholicisme en Russie, souvent perçu comme une religion exogène.
Les relations entre l’Église catholique et le Patriarcat de Moscou, qui s’étaient réchauffées sous le pape François avec la rencontre historique entre le pape et le patriarche Kirill à Cuba en 2017, se sont à nouveau tendues depuis l’invasion de l’Ukraine. Le Patriarcat de Moscou considère les gréco-catholiques ukrainiens comme des renégats, accusant l’Église catholique de vouloir les absorber (tentation « uniate »). Mgr. Gallagher a précisé que sa rencontre avec le métropolite Antoine de Volokolamsk ne s’inscrivait pas dans le cadre du dialogue œcuménique, une compétence réservée au Dicastère pour l’Unité des chrétiens à Rome.
La visite de Mgr. Gallagher à Moscou pourrait également servir à préparer la nomination d’un nouvel archevêque pour le diocèse de Moscou, vacant depuis mai 2026. Bien que les autorités russes n’interviennent officiellement pas dans ce processus, il est probable que le Vatican consulte discrètement Moscou sur le profil du candidat. Cette pratique reflète les tensions persistantes entre les deux parties, malgré les efforts de dialogue. Le choix d’un nouvel archevêque pourrait ainsi devenir un enjeu diplomatique supplémentaire.

