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Iran : l’échec stratégique de Donald Trump

The Conversation France · mis à jour il y a 15 j

L’ESSENTIEL L’échec des négociations entre Washington et Téhéran révèle les limites de la stratégie de Donald Trump, désormais contraint de subordonner ses objectifs militaires à son calendrier électoral. L’effacement des contre-pouvoirs institutionnels aux États-Unis a favorisé une escalade dont Washington peine à maîtriser les conséquences.

Échec diplomatique majeur

Fin septembre 2026, les négociations entre les États-Unis et l’Iran ont atteint une impasse totale après que Donald Trump ait rejeté une proposition iranienne visant à réouvrir le détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique. Ce rejet fait suite à l’échec d’un mémorandum d’entente signé le 17 juin 2026, qui prévoyait 60 jours de pourparlers pour désamorcer les tensions. Ce texte avait déjà expiré en août, miné par une reprise des hostilités par Washington dès le 8 juillet 2026, sous prétexte d’incidents maritimes. Les négociations, initialement perçues comme une tentative de stabiliser les marchés pétroliers avant les élections de mi-mandat américaines, n’ont abouti à aucune avancée concrète. L’Iran a maintenu des conditions préalables inacceptables pour les États-Unis, rendant toute médiation impossible. Cette paralysie diplomatique illustre l’incapacité de Washington à imposer ses exigences malgré sa puissance militaire.

Stratégie électoraliste

Face à l’échec des négociations, la Maison-Blanche a adopté une stratégie axée sur le calendrier électoral américain, cherchant à projeter une image de fermeté tout en évitant une escalade militaire avant les élections de mi-mandat. Donald Trump a multiplié les déclarations belliqueuses, comme menacer lors de son discours à l’ONU le 22 septembre 2026 d’une « annihilation totale de l’Iran », révélant la précarité de sa position. Cette approche repose sur une erreur d’analyse : l’administration Trump a cru que l’Iran, affaibli par les sanctions, accepterait des concessions temporaires pour relancer son économie. Cependant, Téhéran a riposté par des moyens asymétriques, comme des attaques de drones ou des missiles, démontrant sa capacité à résister. Trump tente désormais d’imposer un gel des hostilités jusqu’aux élections, mais cette tactique risque de se retourner contre lui, car l’Iran refuse toute capitulation sous la contrainte.

Affaiblissement institutions

L’échec stratégique de Trump s’explique en partie par l’affaiblissement des contre-pouvoirs institutionnels aux États-Unis. Selon les journalistes Maggie Haberman et Jonathan Swan dans leur livre Regime Change, des figures comme Benyamin Nétanyahou ont poussé à un affrontement direct avec l’Iran en février 2026, malgré les réserves de la communauté du renseignement et de l’armée américaine. Des personnalités proches de Trump, comme sa cheffe de cabinet Susie Wiles et son assistante Natalie Harp, ont contrôlé les informations parvenant au président, marginalisant les voix traditionnelles de l’establishment. Le secrétaire à la défense Pete Hegseth et le chef d’état-major Dan Caine ont, quant à eux, influencé la doctrine militaire, mais sans pouvoir freiner la radicalisation de la politique étrangère. Les avertissements de la CIA et du Pentagone sur l’impréparation des bases américaines face aux attaques asymétriques iraniennes (drones, missiles) ont été ignorés, révélant un processus décisionnel défaillant.

Blocus détroit d'Ormuz

Le blocage du détroit d’Ormuz, contrôlé par l’Iran, illustre l’incapacité des États-Unis à garantir la sécurité des approvisionnements énergétiques mondiaux. Ce détroit, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, est aujourd’hui sous haute tension : 40 % des exportations contournent désormais cette zone via des oléoducs terrestres saoudiens et émiratis, ou par des transferts de cargaison en dehors de la zone iranienne. Pour obtenir un passage sécurisé, certains navires versent à l’Iran des « frais de transit » pouvant atteindre plusieurs millions de dollars par navire, selon des estimations. Les données de l’entreprise Kpler montrent que la reprise partielle du trafic ne correspond pas à une réouverture réelle, mais à des adaptations techniques précaires. Cette situation révèle un recul structurel de la puissance américaine, incapable d’imposer sa volonté militaire ou diplomatique dans une région stratégique.

Ce que ça pourrait changer

L’incapacité des États-Unis à rétablir la libre circulation dans le détroit d’Ormuz s’inscrit dans un déclin plus large de leur influence mondiale, amorcé depuis les interventions en Afghanistan et en Irak. Alfred McCoy, universitaire, compare cette situation à l’échec britannique à Suez en 1956, soulignant que Trump pourrait être perçu comme le président ayant dégradé l’influence internationale des États-Unis. Emmanuel Todd, dans son livre *La Dislocation*, identifie le cessez-le-feu du 7 avril 2026 comme un révélateur de la vulnérabilité des voies de communication maritimes occidentales. L’Iran, de son côté, considère que le coût du statu quo est désormais surmontable et a pris l’initiative en ciblant des infrastructures américaines, y compris en Jordanie. Pour sortir de cette impasse, les États-Unis devraient reconnaître que leur stratégie actuelle nuit à leurs intérêts vitaux et opérer un changement radical d’appréciation du rapport de force.

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