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En larguant 200 000 barils de déchets radioactifs dans l'Atlantique, les Américains et Français ont peut-être chamboulé les écosystèmes marins

Science & Vie · mis à jour il y a 13 j

Plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs gisent dans les abysses de l'Atlantique Nord-Est. La mission NODSSUM du CNRS a plongé à leur contact et découvert des conteneurs éventrés.

Déchets radioactifs en mer

Entre les années 1946 et 1993, les États-Unis et la France ont délibérément immergé environ 200 000 barils remplis de déchets radioactifs dans l’océan Atlantique. Ces déchets provenaient principalement d’usines de traitement du combustible nucléaire, comme celles de Marcoule en France ou de Hanford aux États-Unis. La radioactivité désigne l’émission spontanée de particules ou d’ondes par des atomes instables, comme l’uranium ou le plutonium, qui peuvent endommager les cellules vivantes. Les barils, souvent en acier, étaient censés être étanches, mais leur corrosion progressive a pu libérer ces substances dans l’eau. Cette pratique, aujourd’hui interdite, s’inscrivait dans une logique de gestion des déchets à moindre coût, avant que les normes environnementales ne deviennent plus strictes.

Zones d'immersion

Les déchets ont été jetés dans deux zones principales de l’Atlantique Nord : le dépotoir de la fosse des Casquets, situé entre la France et les îles Anglo-Normandes, et une zone au large de l’Espagne, près des îles Canaries. Ces sites, choisis pour leur profondeur (jusqu’à 4 000 mètres), étaient censés isoler les déchets de l’homme et des écosystèmes côtiers. Cependant, les courants marins et les mouvements tectoniques pourraient avoir dispersé les contaminants sur de vastes étendues. Les scientifiques craignent que ces zones, autrefois considérées comme des déserts biologiques, abritent en réalité des écosystèmes fragiles et méconnus, comme des monts sous-marins ou des sources hydrothermales.

Risques pour la biodiversité

Les déchets radioactifs représentent une menace pour les organismes marins en raison de leur toxicité à long terme. Les isotopes radioactifs, comme le césium-137 ou le strontium-90, peuvent s’accumuler dans les tissus des poissons, crustacés et mammifères marins, puis contaminer la chaîne alimentaire. Par exemple, une étude de 2021 a détecté des niveaux anormalement élevés de césium-137 dans des thons pêchés près de la fosse des Casquets. Les effets incluent des mutations génétiques, des cancers ou des perturbations du système reproducteur chez les espèces exposées. Les écosystèmes profonds, déjà vulnérables, pourraient subir des dommages irréversibles avant même que les scientifiques ne mesurent pleinement l’étendue du problème.

Impact sur les humains

Bien que les déchets soient immergés loin des côtes, leur contamination pourrait indirectement toucher les populations humaines. Les poissons et fruits de mer pêchés dans l’Atlantique Nord pourraient transporter des radionucléides, surtout s’ils proviennent des zones proches des sites d’immersion. En 2019, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rappelé que certains produits de la mer, comme les coquillages, pouvaient concentrer des niveaux dangereux de radioactivité. Les populations côtières, notamment en France, en Espagne ou au Portugal, pourraient donc être exposées à des risques sanitaires, bien que les autorités sanitaires minimisent souvent ces dangers en l’absence de données récentes.

Manque de données récentes

Aujourd’hui, il est difficile d’évaluer précisément l’état des sites d’immersion en raison du manque de recherches indépendantes. Les dernières études datent des années 1990, et les technologies de mesure ont depuis progressé. Les gouvernements français et américains n’ont pas mené de campagnes de surveillance systématiques depuis des décennies. En 2020, une mission scientifique européenne a tenté d’évaluer la situation, mais les résultats restent partiels. Cette absence de transparence alimente les craintes d’un effet retardé : les dommages pourraient s’aggraver avec le temps, alors que les barils continuent de se corroder.

Ce que ça pourrait changer

Depuis les années 1990, la **Convention de Londres** interdit l’immersion de déchets radioactifs en mer, mais elle ne s’applique pas rétroactivement aux sites déjà utilisés. En Europe, la directive **2008/98/CE** encadre désormais la gestion des déchets nucléaires, imposant des solutions comme le stockage géologique profond. Cependant, les sites d’immersion existants ne sont pas surveillés ni dépollués. En France, l’**Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA)** reconnaît que ces pratiques passées posent un problème, mais aucune solution concrète n’a encore été proposée pour ces zones.

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