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Statue de Champlain : le projet d’un groupe nationaliste blanc inquiète en Ontario

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 18 j

La statue de Samuel de Champlain à Orillia fait toujours l'objet d'un vif débat..

Statue controversée

La statue de Samuel de Champlain, située à Orillia en Ontario, est au cœur d’un débat depuis plusieurs années. Érigée en 1925 pour symboliser la réconciliation entre Canadiens français et anglais après la Première Guerre mondiale, elle représente l’explorateur français Champlain entouré de figures autochtones placées dans une posture de soumission. En 2017, la statue a été retirée pour des réparations structurelles et n’a pas été réinstallée depuis. Aujourd’hui, elle est entreposée face contre terre dans un lieu secret de la municipalité, après que le conseil municipal a rejeté une proposition visant à la réinstaller en modifiant sa composition pour donner une place plus équitable aux Autochtones.

Groupe nationaliste

Un groupe nommé la Dominion Society, classé par le Réseau canadien anti-haine comme une branche du mouvement nationaliste blanc au Canada, a annoncé son intention de faire du porte-à-porte à Orillia pour réclamer le retour de la statue dans son format d’origine. Ce groupe milite pour la remigration, un concept défini par les experts comme une forme d’épuration ethnique visant à expulser les populations non européennes du Canada. Le président de la Dominion Society, Daniel Tyrie, affirme représenter le point de vue des colons canadiens d’origine européenne et remet en question le droit des Autochtones à s’exprimer sur ce monument, arguant que les Chippewas de Rama ne sont arrivés dans la région qu’un siècle après Champlain.

Menaces et inquiétudes

La militante autochtone Krystal Brooks, membre de la Première Nation des Chippewas de Rama, dénonce les risques liés à la campagne de la Dominion Society. Elle a elle-même été la cible de menaces de mort et de viol d’une extrême violence, et craint que cette initiative ne serve à recruter des membres ou à légitimer des idées extrêmes. Brooks souligne que le groupe utilise des arguments historiques biaisés, comme l’affirmation erronée que les Mohawks étaient des cannibales, une déformation basée sur une ancienne erreur de traduction. Elle exige un processus équitable incluant des consultations et le respect des voix autochtones, sans s’opposer au retour de la statue en soi.

Débat historique

Le débat autour de la statue oppose deux visions de l’histoire. Daniel Tyrie considère Champlain comme un fondateur du Canada et justifie sa glorification, rejetant l’idée de violence symbolique dans la représentation des Autochtones. À l’inverse, plusieurs historiens et résidents, comme Sharon Seaward, jugent que la posture des figures autochtones dans le monument original est humiliante et reflète un héritage colonial. Une proposition de compromis, consistant à placer Champlain et les figures autochtones au même niveau, a été rejetée par le conseil municipal. Le maire Don McIsaac reconnaît que l’impasse actuelle alimente la division et la toxicité dans la ville.

Réactions locales

Les habitants d’Orillia expriment des opinions variées sur l’avenir de la statue. Certains, comme Ivanka Francova, suggèrent d’installer une plaque explicative ou une boîte de commentaires pour favoriser le dialogue. D’autres, comme Sharon Seaward, proposent de modifier la statue pour donner une image plus valorisante des Autochtones, tout en insistant sur la nécessité de conserver le monument localement. La statue a reçu plusieurs offres d’achat ou de déménagement, notamment du Québec, mais le conseil municipal a choisi de ne donner suite à aucune. Le maire McIsaac souligne que rester sans solution a un coût, notamment en termes de division sociale.

Ce que ça pourrait changer

Le maire Don McIsaac s’est fermement dissocié des initiatives de la Dominion Society et a appelé les citoyens à contacter la Police provinciale de l’Ontario (PPO) en cas de danger. Le conseil municipal a adopté une position neutre, refusant d’endosser les croyances discriminatoires du groupe tout en évitant de prendre parti dans le débat historique. La Dominion Society affirme compter plus de 1 000 partisans dans le sud de l’Ontario et présente sa campagne à Orillia comme une initiative locale et ponctuelle, bien que des observateurs comme Krystal Brooks y voient une stratégie de *métapolitique* visant à normaliser des idées extrêmes.

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