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Généraliste

La décennie carotène

Le Devoir · mis à jour il y a 6 j

Ses ondes concentriques, colorées par le personnage fat qui occupe Washington, n’ont pas fini de se faire ressentir..

Scandale Access Hollywood

Il y a dix ans, à un mois de l’élection présidentielle américaine de 2016, une vidéo de l’émission Access Hollywood montrait le candidat républicain Donald Trump tenir des propos sexistes et misogynes. Cet enregistrement, qui aurait pu ruiner sa campagne, a paradoxalement renforcé son soutien au sein du Grand Old Party (GOP, surnom traditionnel du Parti républicain américain). L’article souligne que ces comportements, loin de disparaître, se sont ancrés dans la sphère politique, devenant une norme durable. L’auteur compare cette influence à des tiques sur un raton laveur, illustrant comment des idées extrêmes se sont collées au pouvoir et résistent malgré les scandales ou les condamnations futures.

Réinformation et médias

L’article évoque l’émergence du terme réinformation, apparu en 1997 dans les milieux d’extrême droite français, pour désigner une stratégie visant à discréditer le journalisme traditionnel. Cette approche a permis de normaliser les discours d’extrême droite, notamment aux États-Unis, en sapant la crédibilité des médias indépendants. L’exemple de la Hongrie post-Orbán montre que cette tendance est difficile à inverser une fois installée. L’auteure cite l’analyse de Mathieu Dejean pour expliquer comment cette réinformation a transformé le paysage médiatique, rendant acceptable des idées autrefois marginales. Elle s’accompagne d’une évolution linguistique, où l’effacement des mots liés aux minorités prépare, selon des chercheurs comme Gregory H. Stanton, des violences physiques.

Langage politique et déshumanisation

L’article décrit comment le discours politique, aux États-Unis et à l’international, a progressivement intégré une langue de l’inhumanité. Des termes autrefois choquants sont devenus courants pour désigner des migrants, des opposants ou des minorités. Par exemple, des expressions comme camps de concentration ou disparitions forcées sont utilisées pour décrire des politiques migratoires ou répressives. L’auteure cite le cas d’une prison pour enfants migrants construite sur un site contaminé et gérée par une entreprise connue pour ses mauvais traitements. Elle souligne que cette normalisation du langage reflète une perte de considération pour la dignité humaine, un phénomène qui s’étend au-delà des frontières américaines.

Politiques migratoires controversées

Les politiques migratoires américaines sous l’administration Trump ont marqué cette décennie par des mesures radicales. Parmi elles, la séparation systématique des enfants migrants de leurs parents, même lorsqu’ils arrivent ensemble, est particulièrement frappante. Ces enfants sont parfois relabellisés comme non accompagnés pour justifier leur incarcération ou leur expulsion, quel que soit leur âge. L’article mentionne aussi l’ouverture de centres de détention pour migrants sur des sites contaminés, gérés par des entreprises privées accusées de maltraitance. Ces pratiques s’inscrivent dans une continuité des mesures antiterroristes post-11 septembre 2001, mais élargies à une population bien plus large, incluant des militants ou des organisations non gouvernementales (ONG) progressistes.

Antiterrorisme et répression élargie

L’arsenal antiterroriste déployé après les attentats du 11 septembre 2001 a été étendu et détourné de son usage initial. Aux États-Unis, des critères larges permettent désormais de désigner des terroristes intérieurs des ONG ou des activistes, y compris ceux qui manifestent contre les agissements de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, une agence fédérale américaine chargée de l’immigration). Cette tendance s’intensifie à l’approche des élections de mi-mandat, comme le montre l’exemple de Pete Hegseth, qui limoge des hauts gradés militaires ou civils ne partageant pas ses vues. L’article cite aussi le cas du journal Stars and Stripes, censuré pour avoir révélé des conditions de vie déplorables sur un navire militaire.

Érosion de la liberté d’expression

L’article souligne que l’érosion de la liberté d’expression n’est pas limitée aux États-Unis. Par exemple, plusieurs pays ont retiré leur participation à une conférence sur la désinformation en Lituanie sous la pression du département d’État américain. Cette tendance reflète une volonté délibérée de museler la dissidence, tant en politique intérieure qu’internationale. L’auteure cite le discours de Marco Rubio à Athènes, où il défend une vision du monde hobbésienne, c’est-à-dire une jungle où la compétition et la puissance priment sur la coopération. Cette approche justifie des actions comme des frappes contre des bateaux civils dans le Pacifique ou la mer des Caraïbes, qualifiées par l’organisation WOLA d’homicides au regard du droit américain et de crimes contre l’humanité selon le droit international.

Ce que ça pourrait changer

L’article introduit le concept de *nécropolitique trumpienne*, une politique où le pouvoir s’exerce par la mort, symbolique ou réelle. Aux États-Unis, cela se manifeste par des mesures comme l’annonce d’une exécution publique, une première depuis les années 1990. Cette tendance s’étend à la politique étrangère, avec des plans d’attaque contre l’Iran préparés par le Pentagone avant les élections de mi-mandat. L’auteure souligne que cette approche vise à éliminer toute opposition, y compris judiciaire : le président s’est d’abord attaqué aux juges, puis à la Cour pénale internationale, pour affaiblir les contre-pouvoirs. Elle conclut en notant que les décennies futures pourraient voir la justice rattraper le politique, mais que les dommages causés prendront au moins dix ans à réparer, tant aux États-Unis qu’à l’international.

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